# 59 • AUTOMNE 2018

1/3

L'ÉDITO

Emmenez-moi au bout de la Saône... S’il avait été chalonnais plutôt qu’arménien, Charles Aznavour aurait peut-être pu nous chanter les charmes d’un pays où l’eau fait voyager le vin, où le vin fait voyager les esprits, où les esprits se rassemblent dans la fête. Chardonnay et pinot noir, qui ont pignon sur vigne un peu partout en Bourgogne, sont l’expression, dans la cité de Niépce, de la bonne humeur et de la simplicité.

Il existe en effet une autre façon de déguster les meilleurs crus que de se retrouver en communauté restreinte, entre avertis du goulot, rivalisant d’un vocabulaire ampoulé et prétentieux pour épater la galerie. La Côte chalonnaise ne se voit pas en haut de l’affiche. Du moins, pas encore. En mettant sur le devant de la scène l’appellation éponyme (le Bourgogne-Côte-Chalonnaise donc), la rédaction de Bourgogne Magazine pose sur la table la question de l’accessibilité des vins. Et prouve qu’on peut encore boire bon et pour pas trop cher dans cette région. C’est difficile à croire quand on évoque une récente vente aux enchères, en Suisse, où quelques bouteilles d’Henri Jayer ont quasiment atteint la somme vertigineuse de 30 millions d’euros. C’est difficile à entendre quand les acquisitions de domaines donnent le tournis. Dans la seule (et finalement si petite) Côte de Nuits, François Pinault, Bernard Arnault et depuis peu les frères Bouygues (domaine Rebourseau à Gevrey-Chambertin), se tirent la bourre avec des chèques à neuf chiffres. Et encore, on ne parle ici que de capitaux français… C’est difficile à croire quand on contemple, admiratifs, ces extraordinaires cuveries devenues des cathédrales de la vinification. Elles sont le symbole d’une société viticole bourguignonne décomplexée qui affiche ses ambitions (et un peu de ses moyens) aux yeux du monde. L’architecture et la technologie sont certes les heureuses gagnantes de cette poussée de fièvre constructive. Nous faire croire que cela va s’arrêter en si bon chemin se résumerait à nous prendre pour des courges ou des citrouilles. Bref, pour des cucurbitacées, c’est de saison !

Alors, comme dans un mariage putatif, la Bourgogne des grands crus et la Bourgogne des vignobles plus modestes continuent à écrire ensemble une partition à deux voix qui produit toujours son effet. Profitons-en, et savourons le plaisir de pouvoir faire la part des choses entre la folie des marchés à l’échelle de la planète et la raison qui contraint l’autochtone à gérer son rapport au vin. Sur ce dernier point, définitivement, la Côte chalonnaise apporte des réponses. Tel est le paradoxe bourguignon.

 

Dominique Bruillot

SOMMAIRE #59

ZOOM

Elle sont extraordinaires, au sens littéral du terme. Bijoux d’architecture au service de sir pinot et sa majesté chardonnay, les cuveries Louis Jadot (Beaune), Boisset et Faiveley (Nuits-Saint-Georges) rivalisent de technologie pour enfanter de grands vins. Immersion dans ces temples éblouissants.

PEOPLE

Il nous le confie : le chanteur dijonnais s’embourgeoise. Yves Jamait a quitté ses faux airs de Gavroche et sa casquette pour débuter sa vie d’homme mûr. Son nouvel album, Mon Totem, exprime ces petites choses de l’existence qui ont un goût de reviens-y et nous aimantent à jamais.

DOSSIER SPÉCIAL

Les halles de marché traditionnelles reprennent du poil de la bête. Entre réhabilitations et nouveaux projets, ces « ventres de villes » sont des alternatives crédibles pour un mode de consommation plus humain. Tour d’horizon de quelques-uns de ces lieux nourriciers à Dijon, Sens, Clamecy, Mâcon, Anost…

ENVIRONNEMENT

Ils ont failli se faire éliminer du paysage français. Depuis quelques années, grâce aux lois et aux actions menées sur le terrain, castors et loutres sont en train de recoloniser nos cours d’eau. Reportage dans le Morvan, à la recherche d’indices avec les experts qui travaillent à ce retour tant attendu.

HISTOIRE

Pour affronter la Grande Guerre, les soldats français se sont réfugiés dans le vin. Le château du Clos de Vougeot accueillant une expo sur ce thème jusqu’au 31 mars, l’historien Christophe Lucand revient sur l’histoire, méconnue et passionnante, de cette potion magique.

PATRIMOINE

Aux portes de la Puisaye, l’église de La Ferté-Loupière est la première de France à être équipée d’un dispositif de visite guidée en LiFi. Une mise en lumière innovante qui permet aux visiteurs de décrypter la fascinante Danse macabre peinte sur ses murs depuis le XVe siècle.

CÔTE CHALONNAISE

Artiste, communicant, éleveur, chef d’orchestre ou néochâtelain… nombreuses sont les personnalités qui ont fait le choix de vivre ici, en Côte chalonnaise. À sa façon, chacun manifeste son attachement à une région qui s’affirme comme une des plus cotées de Bourgogne. Portraits.

GÉOLOGIE

Homme de foi et de grands vins, le topographe-vigneron vient de signer, avec la spécialiste de la toponymie Marie-Hélène Landrieu-Lussigny, une véritable bible des climats et des lieux-dits, entièrement dédiée à la Côte chalonnaise. Un ouvrage fondateur qui dit tout de la richesse de cette terre.

DÉGUSTATION

C’est à Dijon, dans la belle maison étoilée Loiseau des Ducs, que Bourgogne Magazine a choisi ses meilleurs côte-chalonnaises via le test de son Émodégustation. Histoire de mettre en avant les vertus d’une appellation régionale aussi bonne qu’accessible ! 

CHALON

Derrière ses airs de belle endormie, la cité de Niépce est douée d’un esprit historiquement vineux et convivial ; sa paulée et son marché en témoignent. Le maire Gilles Platret le sait bien et, prenant la Saône à témoin, veut consacrer sa ville comme une place forte de la Bourgogne viticole.

PORTRAITS

L’une nous fait buller de plaisir, l’autre signe les cartes des vins de Georges Blanc, le troisième offre à ses quilles une vue imprenable sur la cathédrale Saint-Vincent. Rencontre avec trois disciples de Bacchus qui, avec bienveillance et expertise, mettent Chalon en amphore !

VIN

Son impressionnante cuverie symbolise la mutation du domaine nuiton. Rejoint par sa sœur Eve, Erwan Faiveley se réjouit que les conditions soient réunies pour produire des grands vins. Qui sait pourtant ce que le nom de Faiveley représente ici ? Qu’un Faiveley du vin peut cacher un Faiveley du rail ? Saga.

ÉVÉNEMENT

Porté par des valeurs d’excellence, le Crémant de Bourgogne fait le pari de monter d’un cran dans la hiérarchie des effervescents. Édouard Cassanet et Pierre du Couëdic, de l’UPECB, apportent leur éclairage sur cette embellie bulleuse. Et s’ils le font à Dijon, ça n’est pas un hasard…