• Dominique Bruillot

Yves Jamait en cuisine comme à la maison [#56]


Au piano. Après les deux ex-ministres Rebsamen et Patriat (Bourgogne Magazine n°55), c’est à Yves Jamait de passer derrière le piano de l’atelier-cuisine de SEB. L’artiste dijonnais n’est pas vraiment dépaysé. Ancien cuisinier et ouvrier d’usine, il se sent doublement chez lui à Selongey. Son aisance à hacher le persil bluffe tout le monde !

« Je suis plutôt planche et couteau ! » Casquette toujours vissée sur la tête, Yves Jamait hache le persil à la vitesse de l’éclair. De quoi mettre presque mal à l’aise Bruno Blancho, le titulaire de la place. On savait que dans une autre vie, le chanteur fut cuisinier. Bonne nouvelle, il l’est encore.Le troisième rendez-vous de « Ma cuisine bourguignonne », dans l’ambiance seventies de l’Atelier des Trois Cocottes à Selongey, tient toutes ses promesses. L’artiste le plus emblématique de la vie dijonnaise, avant de passer à table, montre qu’il sait préparer la table. Et plutôt bien. « Quand tu n’étais pas bon à l’école, tu allais en CET (ndlr, Collège d’enseignement technique), comme moi au Castel », rappelle Yves Jamait, « et là, le panel était réduit : t’avais le choix entre mécanique générale, plomberie, pâtisserie… » Ce sera finalement… « employé de collectivité de cuisine ». Loin des chimères que nous imposera plus tard la téléréalité, le premier apprentissage de la vie en cuisine consistait déjà à « savoir balayer et récurer » avant de passer aux performances culinaires..

GARE AU GORILLE !

Ce premier métier, l’artiste le doit quelque part à l’ambiance familiale, à ces « budgets serrés qui faisaient prendre conscience que faire à manger, c’est déjà quelque chose ». Le Jamait d’avant la reconnaissance publique a donc été « loufiat plutôt que graisseux », confronté à la réalité (sans télé cette fois-ci) des cuisines bruyantes et intenses. Rencontrant aussi ceux qui le feront avancer : « À la Concorde, le Paulo (1) m’a appris le métier. » Tantôt aide charcutier sous les halles, apprenti au Buffet de la gare, il lui prend la bonne idée de goûter aux colonies de vacances. Là, sous sa casquette de néo-musicien élevé à la graine de Johnny et Sardou, il découvre, grâce à de nouveaux amis Lorrains, le répertoire de Le Forestier et Brassens. Gare au gorille !

D’autres horizons s’ouvrent désormais à Jamait qui, tout en poursuivant sa vie d’ouvrier chez Amora ou Calberson, progresse sur le terrain de la musique. La suite, on l’a connaît un peu et pourrait faire l’objet d’un autre sujet. Le Dijonnais, qui fonctionne « comme un artisan », a pris progressivement une place importante dans ce qu’il est convenu d’appeler la chanson française, gérant sa vie de scène entre des salles à 200 places et des Zénith comme il prévoit de le faire encore en 2019. Cette escapade à Selongey a les saveurs de la nostalgie et un certain goût de reviens-y. C’est en puisant dans les madeleines de Proust de sa propre vie que l’on nourrit le mieux l’âme humaine. Ici, chez SEB, où il aurait pu être ouvrier en d’autres temps, on va lui offrir une « Cocotte » avec son nom gravé dessus.

Cela dit, Yves, t’aurais pu être syndicaliste aussi ? « J’aurais pu me fourvoyer dans ce genre d’affaires, convient le chanteur, mais les syndicats m’ont déçu, je leur reproche d’être achetés et à jeter ; quand on refuse le bras de fer, on est dans la collaboration, pas dans la contestation. » Emballé, c’est pesé chef ! Retour en cuisine, sous le regard amusé et épaté de Philippe Crevoisier, le patron du site SEB, qui ne peut que reconnaître le coup de main de son invité. Préparant œufs en meurette et blanquette de veau, Yves et Bruno Blancho donnent un concert de planche à découper. Et prennent un malin plaisir à faire saliver les futurs convives, comme tout cuisinier qui se respecte. Au menu, d’ailleurs, petit clin d’œil en passant du soliste Blancho au concertiste Jamait, l’œuf en meurette s’appellera « J’en veux encore » et la blanquette « En deux mots ».

DU JAMAIT DANS LE TEXTE ET DANS L'ASSIETTE

« À la maison, j’ai un plaisir physique à faire la cuisine, j’aime les gestes, toucher les produits, faire le marché pour les choisir », chantonne l’artiste qui semble trouver, l’âge aidant, un plaisir croissant à jouer sa partition familiale et amicale à domicile : « Je ne suis pas de ceux qui voyagent, j’aime recevoir à la maison. » Ce tempérament finalement très casanier, il le mesure à son attachement lui aussi de plus en plus fort à la Bourgogne : « La Bourgogne c’est ma vie, je n’ai pas une image touristique d’elle, je la ressens. À 20 ans, comme tous les jeunes, je voulais me casser, à 45 ans, je me sentais bien chez moi ici. Si j’étais né à Biarritz, j’adorerais Biarritz. » L’argument tient.

L’artiste n’est pas venu seul non plus. Dominique Fernandez est le beau-père de l’excellent accordéoniste Samuel Garcia dont on vous conseille les prouesses dans Accordéon, un morceau que Jamait partage avec Sanseverino dans son dernier album. Dominique a le redoutable avantage d’être vigneron à Monthelie.

Ses vins, fins et sincères, sont à son image. Ils délient les langues, de verre en verre. « J’aime bien comme il parle de son vin, témoigne le chanteur, il a un langage de proximité qui n’est pas un langage d’averti ; quand quelqu’un comme lui te parle du raisin qui est mûr, tu le goûtes. Il n’y a rien de pire que les spécialistes entre eux. J’adore le pâté en croûte, je ne vais pas pour autant dans les réunions de charcutiers, je m’y emmerderais… » Du Jamait dans le texte. Du Jamait dans l’assiette. Quelle belle journée, sous le soleil de Selongey !

> Retrouvez l'interview vidéo d'Yves Jamait sur notre chaîne YouTube !

(1) Jean-Paul Seurat, alias le Paulo, est depuis plusieurs décennies le chef de son établissement La Fringale, rue Jeannin à Dijon. Les poissons y sont exceptionnels.

#YvesJamait #cuisine #SEB #Selongey #artiste #musique #BrunoBlancho #SamuelGarcia #vin #gastronomie #PhilippeCrevoisier #JeanPaulSeurat

94 vues
BM-new-blanc.png

NEWSLETTER

SUIVEZ-NOUS

  • Blanc Facebook Icône
  • Blanc Icône Instagram
  • Blanc Twitter Icon
  • Blanc Icône YouTube

NOS LIENS AMIS

 

DijonBeaune.fr
Dijon Capitale

 

©1995 - 2020  Bourgogne Magazine | création par Incom Dijon
Tous droits réservés