• Alexis Cappellaro et François-Marie Lapchine

Le clan des Sédélociens [#56]


Portraits. En réalité moins clanique que le trio Delon-Gabin-Ventura, Saulieu est un ambassadeur de ce Morvan ouvert au monde, libéré des clichés, et dont les phares s’appellent Loiseau et Pompon. De ses 2  500 bonnes âmes, Bourgogne Magazine a extrait une galerie de personnages fiers de leur appartenance à « Saûyeu » : architecte, pompiste, chauffeur-livreur, fromager, éleveur... Bienvenue dans le clan des Sédélociens.

JEAN-MARC TINGAUD UN CAFÉ ET L'ADDITION


C’était sur le chemin de l’école. Jean-Marc Tingaud avait six ans et, tous les jours, il remontait la longue rue du Marché à Saulieu, se plantait devant les grandes vitres sablées du Café Parisien fermé depuis plusieurs années et, par une toute petite ouverture sur la grande salle et ses tables de bois couvertes de poussière, il imaginait la vie du lieu… En avril 2004, Didier, alors serveur, lui annonce la mise en vente du café. Jean-Marc n’hésite même pas et l’achète. Vivant entre Paris et Saulieu, déjà photographe de renom, il revend son studio de prise de vue, discute avec les banques, et entame une nouvelle aventure, avec un objectif grand angle : « Je souhaitais prendre le temps de lui redonner vie, le conserver avec tout son charme. » L’homme trouvait dommage de laisser à l’abandon cet édifice intimement lié à l’histoire de la ville (1). Ses salles de billard, de jeux de cartes, de réunions… Ce café a toujours été un point de ralliement idéal. François Pompon, Alexandre Dumaine, Jean Genet et plus récemment Bernard Loiseau ont déjà posé les coudes sur le zinc, tout comme de nombreux paysans et artisans de l’Auxois-Morvan.

CRAPIAUDS ET COUSCOUS

Dans cette ville étape sur la Route Nationale 6, on s’arrêtait volontiers pour y faire le plein ou déjeuner. À l’époque, 24 restaurants ne demandaient qu’à vous accueillir. En 1970, avec l’inauguration de l’autoroute A6, les voitures se sont mises à passer sans s’arrêter et de nombreux commerces ont disparu… Très vite, Jean-Marc Tingaud a compris que pour garder fière allure, il fallait remplir la grande salle.

Le café ne suffisant plus pour rester à flots, avec son chef Thomas Rivet, il a remis le couvert pour une cuisine régionale « simple et bonne ». Viande charolaise, vins de Bourgogne, Époisses, petites crêpes morvandelles, crapiauds, et parfois… un couscous, histoire de bousculer tout ça. Naturellement, les habitués ont repris leurs habitudes, les touristes envahi les terrasses à la belle saison. C’était le bon moment pour s’ouvrir à la culture. Artistes du cru, comédiens, chanteurs, musiciens, photographes… tous investirent les lieux.

Pour l’heure, le café va hiberner pendant un mois. Écartelé entre ses affaires parisiennes et son cœur de Sélédocien, l’homme se pose la question : « Et si je revendais ? J’ai tellement à faire par ailleurs pour la photo, avec la Fondation Bergé, Tahar Ben Jelloun et tant de projets… » Plus formel, il concède « chercher un nouveau capitaine » pour son beau navire, avant de livrer un bon plan pour le printemps et l’été prochains : Brisa Roché et Virginie Seghers (2) en résidence d’artistes au Château de Chaux, juste à côté. Plus ancien café de Bourgogne, morceau de patrimoine comparable au Flore parisien ou au Florian de Venise, le bâtiment reste malgré tout le café de son enfance. Celui qu’il aura tant aimé et défendu. Il souffle, en parlant déjà un peu au passé : « J’ai été content de le faire. C’était bien pour tout le monde… C’est un café, tout simplement. » Et un peu plus que ça, quand même.

(1) Le Café Parisien doit sa construction à une prospérante famille sédélocienne dans les années 1880, à la toute fin de l’ère du flottage du bois de chauffage vers Paris. Influencée par le faste des brasseries de la capitale, elle créera l’édifice en remerciement à sa ville.

(2) La première est une chanteuse d’origine californienne résidant en France, la seconde, fille du célèbre éditeur de poésie Pierre Seghers, mène une double vie de chanteuse et de conseillère en entreprise

PASCAL "JOHNNY" TOURNIER QUELQUE CHOSE DE TENNESSEE

Tous ceux qui le connaissent l’appellent Johnny. Ce qui l’a obligé à changer le nom de son garage : « Molphey Automobiles » est devenu « Chez Johnny ». Cette modeste station-service de la Croix de Molphey, sur la RN6, à quelques kilomètres au nord de Saulieu, est une base de départ de livraisons de fioul dans la région.

À 15 ans, à Paris, en 1976, Pascal Tournier assiste à son premier concert de Johnny Hallyday au Palais des Sports. C’est le choc. Le chanteur et sa musique le transportent et bouleverseront le cours de sa vie. « Dans ma famille, on écoutait plutôt Tino Rossi et Jacques Lantier, alors tu vois, là, tout a changé ! » Tout sauf son look, parce qu’il n’a jamais cherché à imiter Johnny, il ne lui ressemble pas, et n’aime pas se déguiser. Pas en Johnny en tout cas. Membre durant quelques années du fan-club officiel pour suivre son idole dans sa vie et ses concerts, il a vite rayé le mot « fan » de son vocabulaire, se présentant tout simplement comme un « admirateur » du chanteur : disques, affiches, T-shirts, casquettes… il achète un peu de tout en concerts et sur Internet, des blousons portés par Johnny qu’il expose volontiers dans son musée personnel, chez lui.

« On ne comprend rien,

tu n’articules pas assez ! »

Le plus sensationnel reste l’histoire du disque d’or. Le 22 décembre 1984, RTL propose un jeu et la vente de disques d’or aux enchères, avec parmi eux, celui de Johnny. Immédiatement, le jeune pompiste appelle la radio. Il a trois heures pour trouver 60 000 francs ! C’est difficile, les banques exigent une facture. Résultat, son compte en banque se retrouve à sec et cède la place à un emprunt sur cinq ans. Heureusement, Pascal vit à la maison avec papa et maman… C’est Johnny en personne qui lui remettra son précieux lot, la semaine suivante.

« Bonjour, moi c’est Pascal, simple meccano.

- Bonjour, moi c’est Johnny, simple chanteur. »

Entre eux, le courant passe, ils dînent ensemble dans un petit restaurant dans la Creuse où Johnny réside avec Nathalie Baye. Pascal se paie même le culot de lui dire : « Johnny, dans Mon P’tit Loup, quand tu chantes « un médiator, un peigne et beaucoup d’espoir », on ne comprend rien, tu n’articules pas assez ! » Johnny rigole et lui promet : « Mon prochain disque d’or, je te l’offre. » Il le fera, un an plus tard, après le succès de l’album Gang, et l’orne d’une plaque en or dédicacée « Johnny Hallyday à Pascal Tournier ». Aujourd’hui, Johnny-Pascal le garde en mémoire, à travers ses souvenirs, ses innombrables vidéos, ses CD et les 800 concerts qu’il a partagés avec lui, en France, en Martinique, en Guadeloupe et à Las Vegas. En ce moment, il met de l’argent de côté pour aller à Saint Barth, se recueillir sur sa tombe.

ALAIN CAILLOT POIDS LOURD AU CŒUR LÉGER

Il a grandi dans le faubourg de Boignard, « le plus beau quartier de Saulieu ». Petit, il s’en était autoproclamé seigneur, pour rire. « Avec mon grand-frère, on essayait de faire payer une dîme aux Parisiens de passage », se rappelle avec tendresse Alain Caillot, 46 ans, yeux noisette pétillants et barbe fournie bien taillée. Ce chauffeur-livreur de fioul de la prospérante entreprise Rousseau nous a invité à prendre le café chez lui. Son domicile est immanquable : le 19 tonnes blanc est garé juste devant, sous les fenêtres framboise d’un restaurant du coin assez connu. « Je ne donne jamais mon adresse, rue Jean Bertin ça ne parle à personne ; il suffit de dire que c’est à côté de chez Loiseau ! C’est connu jusqu’en Chine, alors bon... »

LA FAMILLE DU RCS

Alain est surtout lié à sa ville grâce au rugby. Il est de la grande famille du RCS (Racing Club Saulieu), un club debout depuis quarante ans, sauvé d’une petite mort il y a une décennie. « On a commencé dans un pré - d’où on virait les vaches - avec des perches en sapin », note l'ancien demi-centre, dont la première licence remonte à 1979. Il n’aurait jamais raté un match avec son frère et son père dans l’équipe. Adolescent, tous les vendredis soir, il se cognait 4 h 30 d’autorail depuis Montparnasse pour revenir jouer le week-end. « On était une belle équipe de copains, avec plusieurs fratries. Fallait voir, en bagarre générale y’en avait pas beaucoup qui se sauvaient ! »

Alain avait un bon niveau. Vers 15 ans, un bénévole l’emmenait s’entraîner au Creusot avec d’autres espoirs locaux. « Mais je suis revenu ici, Saulieu me manquait », sourit le gaillard avant de raconter comment le RCS lui a permis indirectement de trouver son premier boulot à 17 ans : « En fin de saison, je suis allé faire la fête sur Paris avec un ami. Il en a profité pour chercher du travail dans le bâtiment. J’étais juste censé l’accompagner. Sur place, le patron m’a lancé  : "Et toi, ça te dit ? Oui ? Ben tu commences lundi à 8 heures" ». Et lundi à 8 heures, Alain débutait comme échafaudeur, pour son premier chantier à l’église de Villeneuve-Saint-Georges. « C’était dur, j’avais vite compris qu’il ne fallait pas rester en bas de la corde et à 18 ans, je suis devenu chef d’équipe. »

« L’humain m’intéresse »

Revenu au pays après un dépôt de bilan de l’entreprise puis un bref intermède en usine (« c’était pas drôle ! »), il a trouvé un travail épanouissant, dans lequel il « fait des rencontres, parce que l’humain m’intéresse ». Depuis son dépôt de Liernais, il approvisionne son camion de 14 000 litres puis livre les particuliers de la région qui en ont bien besoin (« on chauffe entre neuf et dix mois de l’année ici ! ») mais aussi les entreprises de travaux forestiers, les agriculteurs… Vingt-trois ans qu’il fait ça. Foncièrement bienveillant, il connait tout le monde et offre à chacun un grand sourire. « On a perdu l’habitude de se dire bonjour. Je traverse la route s’il faut ! » À ses yeux, Saulieu est un bon endroit pour cultiver cette paix intérieure, dans une coquette maison située en arrière-cour, qu’il a retapée lui-même. Une petite terrasse boisée accueille les copains, alors que la piscine est en cours de finition. Vivement l’été. Puis, sa maman habite toujours ici, chez les derniers seigneurs de Boignard, derrière le centre social. Il y est bien, a ses repères, arrange du mieux possible ses livraisons pour satisfaire chacun, toujours avec un sourire grand comme ça. « On ne se rend pas compte de la chance qu’on a. Quand je vois des jeunes vivre avec même pas un smic… Ce sont eux, les héros d’aujourd’hui. Moi, je suis un privilégié ! » Grand seigneur, avec ça.

PASCALE DUCLOS POURQUOI TANT DE LAINE ?

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Elle élève des chèvres Angora à Moux-en-Morvan, récolte leur douce laine mohair et, dans sa belle boutique du centre-ville de Saulieu, vend vêtements et pelotes. Une belle carte postale. Pascale Duclos refuse pourtant de céder à l’image d’une bohémienne morvandelle transformant sa ferme en parc d’attractions. À la sueur de ses intentions, elle a monté cette affaire pour se reconstruire après une douloureuse fin d’activité : elle et son mari Thierry tenaient une miroiterie d’art réputée, depuis 1984. Lui Meilleur ouvrier de France, elle passionnée de gravure et de sablage, ils ont vu leur « entreprise très compétitive » se noyer dans les impayés, avec leurs quatre enfants dans l’infernale boucle.

SCOTCHÉE PAR JEAN LURÇAT

Cette Creusotine s’est revélée dans un domaine inattendu. Une visite au musée de la tapisserie à Aubusson, dans la Creuse, la marquera à jamais : « Je suis restée scotchée devant les œuvres de Jean Lurçat. » Alors qu’elle n’y « pensait même pas », la perspective d’une reconversion germe. « Fais-le », l’encourage Thierry. Dans la foulée ou presque, 86 bêtes creusotines sont acheminées jusqu’à Moux. « Mais elles étaient toutes malades… », note amèrement Pascale, pour qui les débuts ont été difficiles, le couple ayant eu « du mal à se faire accepter » au sein d’un microcosme artisanal encore habité par quelques tocs conservateurs.

Dans sa ferme, outre des poneys mini Shetland destinés à la vente, 112 grosses peluches gambadent. « Vingt-cinq bébés sont attendus au printemps ; trois boucs soigneusement sélectionnés selon leur code génétique se chargent de la reproduction. » Deux fois par an, c’est le même voyage : on tond, on trie la laine, qu’on lave, pour ensuite la transformer à Castres. Insérée dans une coopérative de 23 éleveurs français, l’entreprise de Pascale mutualise sa matière première et la teinte chez Couleurs & Textiles, en Vendée. « Une entreprise ultramoderne, écoresponsable, qui dispose d’une station d’épuration comparable à celle de Dijon. » Et pan pour les clichés de la tricoteuse !

INDUSTRIE HAUT DE GAMME

Dans cette industrie haut de gamme aux étapes de transformations exigeantes, Pascale a fait des choix raisonnés. Elle a voulu dès le départ un label européen Oeko-Tex pour garantir les qualités humano-écologiques des textiles et s’est inscrite à Capgènes, une instance qui garantit le suivi génétique et le contrôle de la qualité des toisons. Ainsi, depuis trois ans, l’échoppe colorée vend pelotes à tricoter et une vingtaine d’articles : pulls, tuniques, bérets, snoods, mitaines, chaussettes, et même des charentaises - « des vraies, fabriquées en Charente ! » - avec la laine de ses « petites retraitées » qu’elle refuse de mener à l’abattoir.

Sa clientèle est la plupart du temps étrangère : Anglais, Hollandais, Allemands… « J’essaye de me mettre à l’allemand, difficilement », sourit cette ancienne élève de Langues Étrangères Appliquées à Dijon. Soixantenaire (mais si !), comblée par sept petits-enfants, elle n’envisage pas de retraite. « Tant que je suis en bonne santé ! » Par ailleurs artiste-peintre (ses « lanagraphies » sont magnifiques), Pascale veut rester « les pieds dans la terre, la tête dans les étoiles ». La formule est un peu convenue, mais tant pis. Cela dit beaucoup d’elle.

JULIETTE GATTI ET GEOFFREY GALLAND DUO BIEN AFFINÉ

Petite, Juliette aimait descendre de Vic-sous-Thil avec son papa pour quelques emplettes sédélociennes. La Fouchale, tenue par les attachants Marie-Françoise et Gérard Dodane, était une étape privilégiée du pèlerinage gourmand. Après 23 ans de service, le couple de fromagers a passé la main. Et Juliette a repris l’iconique boutique en s’associant à Geoffrey, un ami d’enfance, avec qui elle a suivi des études agroalimentaires du côté de Charolles. Pas de plan de carrière, assure-t-elle, juste un clin d’œil du destin. Surmovité, le duo a commencé le 22 décembre 2015, après quelques mois de formation aux côtés de ses prédécesseurs et des stages auprès des chambres de Métiers et de l’Artisanat (CMA) et de Commerce et d’Industrie (CCI). Ils le disent sans qu’on les y invite, ce fut « une expérience très formatrice, que l’on conseille vraiment à tous les jeunes qui veulent créer ou reprendre une activité ».

RECETTES QUI MARCHENT

Il fallait au moins ces bases pour être à la hauteur de la réputation de la seule fromagerie de Saulieu. Les deux jeunes trentenaires s’appuient sur les recettes qui marchent : les mêmes producteurs laitiers du coin, un large panel de plus de 100 références, un côté crèmerie engageant, un habile coin vins (Geoffrey fut caviste dans son Pouillysois natal, il sait de quoi il parle), et « l’idée de travailler de façon noble, traditionnelle, en privilégiant le circuit court ». Ce qui n’empêche pas de compléter la panoplie locale par des produits plus « exotiques » (Bleu d’Auvergne, fromages corses…) sélectionnés par un Meilleur ouvrier de France lyonnais. Il faut bien plaire au plus grand nombre, y compris à la clientèle étrangère captée par la « notoriété gourmande de la ville, évidemment grâce à Loiseau, mais pas seulement ». Puis, les clients ont gardé leurs bonnes vieilles habitudes. « Les gens ont peur de voir les commerces du centre-ville mourir », constate Geoffrey, heureux de voir qu’une solidarité, consciente ou non, s’organise.

Après s’être démultipliés, les associés ont embauché un ami comme vendeur, avec une plage horaire aménagée car il vient de Plombières-lès-Dijon. Ce qui laisse un peu de temps à l’une pour mener de front ses défis personnels (elle fait construire dans le coin et suit encore des formations), à l’autre pour humer les ambiances des marchés d’Autun et d’Avallon (« J’adore ça ! »). Et à tous les deux pour affiner encore un peu plus leur complicité.

MICHEL MARACHE RETRAITÉ D'EAU DOUCE

Enfant du Morvan, il est revenu au bercail en 1980 après un début de vie parisienne « très ennuyeux ». Une reviviscence : du côté d’Alligny-en-Morvan, il a réalisé son rêve, en adéquation avec le grand respect qu’il voue à la nature de ce bout de pays : créer une pisciculture dans les anciens biefs du moulin de La Serrée pour y élever de belles truites, lesquelles ont longtemps frétillé dans les poêles de Loiseau. Bien sûr, tout n’a pas été rose, comme en ce maudit jour de décembre 2003 où les remontées de boue en amont lui ont fait perdre la quasi totalité de ses poissons d’élevage. Michel Marache préfère garder le souvenir ému de moments de communion avec la nature, sa nature.

Bien connu dans la région, (« Qui ne connait pas le Marache ? », entendu au restaurant La Vieille Auberge, au sortir d’un bon repas), on le retrouvait notamment le samedi sur le marché, et la guinguette installée au bord de ses bassins dans un remarquable site paysager fut longtemps un haut-lieu de plaisirs pour de nombreux estivants… Cette vie est derrière lui. Michel, qui a longtemps porté une autre casquette de ferronnier d’art (« très doué de ses mains » insiste même Alain Caillot), coule aujourd’hui une retraite méritée. Tout juste a-t-il conservé quelques poissons, « pour les copains ». Aujourd’hui, pour s’assurer un petit complément de revenu, il accueille volontiers les visiteurs dans son beau gîte de La Serrée. La grande baie vitrée, où trône en son milieu un poêle à bois, donne à voir une véritable carte postale de ce Morvan vert et beau.

CLAUDE CORREIA BÂTISSEUR ASSOCIÉ

Claude Correia a toujours vu des murs se construire autour de lui. « J’ai été un maçon portugais, comme mon père, enfant, je l’accompagnais souvent sur les chantiers. » Des moments riches de découvertes du monde. Un quotidien qu’il partage aujourd’hui, dans son atelier d’architecture à Saulieu, avec une dizaine de collaborateurs, des créatifs et des spécialistes : environnement, construction, économie, design et architecture d’intérieure. Tous hyper motivés.

Parmi eux, les fidèles de la première heure, ses associés, arrivés dans les années 2000 : Cyril Brulé, architecte, et Christine Gadon, assistante de direction. « Réunis en cercle de création, sur un thème très précis et dans un temps très court, on se partage le travail. À plusieurs, on est plus créatifs », plaide cet homme réfléchi, dont l’art tient dans une péréquation entre l’homme, l’espace et l’usage du bâtiment.

« C’est avec plus de contraintes

que l’on a plus de liberté. »

Dés le départ, tous se mobilisent : architectes, artisans, producteurs, pour optimiser un projet en respectant le budget. Là aussi, quelques mots de son père nous reviennent : « Les Portugais font d’une nécessité une passion. » Et Claude Corréia de poursuivre : « C’est avec plus de contraintes que l’on a plus de liberté. Le Morvan est un pays de forêts, mais encore trop peu d’entreprises peuvent transformer le bois sur place. Alors utilisons la matière première, brute, en la rendant plus belle et plus solide. Pour la pierre, le granit local, ou l’utilisation de la paille, c’est pareil. Nous sommes des architectes à la campagne et nos artisans débarquent chez nous à chaque instant, on est près de la source, alors on peut bâtir ensemble. » Résultat, depuis près de 20 ans, surtout dans le Morvan, l’Auxois et le Chatillonnais, les réalisations de l’Atelier Correia redessinent le paysage et réchauffent de nombreux espaces. La liste est longue et variée : mairies, maisons individuelles en bois, grange contemporaine, résidence théâtrale, chaufferie collective, maison de santé, hôtel, bibliothèque… sans compter grand nombre de restaurations.

MORVAN CONTEMPORAIN

À noter, un petit détour en ville, à Dijon avec la réhabilitation de l’espace culturel La Minoterie. Plus récemment, l’Atelier a signé la Villa Loiseau des Sens à Saulieu, la caserne des pompiers de Leuglay, le musée de la Résistance et de Déportation à Joigny. Avant de repartir vers Anost, en Saône-et-Loire sur le chantier d’une grande halle en bois, le bâtisseur décrit un endroit paisible, agréable, entouré d’un mur de granit et de porphyre, avec des petites meurtrières pour laisser passer la lumière. Un espace dans lequel on peut se promener ou se reposer, pour l’éternité, un cimetière, selon lui, le lieu des moments de la vie et de la mort. Ses souhaits sont simples. Il aimerait qu’on lui dise des mots comme « On vit bien dans ta maison », et que son Morvan devienne synonyme d’architecture contemporaine. Des vœux presque exaucés.

AURÉLIEN FEBVRE VIGNERON BIO-ATYPIQUE

En partant de Saulieu, il faut avaler les petites routes vallonnées de l’arrière-pays pendant une vingtaine de minutes pour arriver à Thorey-sous-Charny. C’est ici, dans l’Auxois, qu’Aurélien Febvre dirige le domaine éponyme de 2 hectares, depuis 2002. En accord avec sa sensibilité, cet œnologue a choisi l’agriculture biologique. Il le confirme volontiers, faire du vin ici est en soi une typicité (que certains comprennent parfois mal). Faire du bio l’est encore plus : il est le seul dans le coin. Alors utiliser d’immenses jarres en terre cuite pour élever ses vins, dans une cave qui a longtemps servi comme théâtre… Ces contenants provenant d’Italie ont séduit Aurélien, sensible à l’ovale « qui permet une meilleure circulation du vin sous l’influence de la lune » et au matériau « qui supprime le risque de boisé superficiel et permet une oxygénation identique ». Cette somme de singularités lui va bien. Puis, l’inclination tient moins de la communication que d’un vrai choix naturaliste, où le respect des sols prime. « Le vin, il est dans la vigne », pose tout simplement le vigneron, dont la motivation vient surtout d’une profonde affection pour son bout de nature. Avant lui, cinq générations de Febvre ont travaillé la vigne ici…

DE LA CÔTE À SAULIEU

D’autant que l’homme est un expert, nourri aux connaissances internationales sur les questions biologiques. Ces compétences l’extirpent régulièrement de l’Auxois et du Morvan : il est conseiller pour plusieurs domaines de la Côte, souvent prestigieux. Le domaine de la Pousse d’Or à Volnay a trouvé un intérêt à l’élevage en jarres et a franchi le cap après une rencontre-dégustation organisée par Aurélien. Autre forme de reconnaissance, le chef sommelier Eric Goettelmann l’a propulsé dans le menu local du Relais Bernard Loiseau. Voilà qui le relie directement à Saulieu et forge ses accointances morvandelles. Mais question identité, Aurélien Febvre ne se pose pas trop la question. « Je suis avant tout bourguignon ! », tranche-t-il avant de passer à la dégustation de ses quatre cuvées dont l’une, rouge, titille notre curiosité. « Terre de Thorey Sauvage », un assemblage de pinot noir et de gamaret, cépage d’origine suisse très résistant, « dont les raisins ne pourrissent jamais ». On l’interpelle sur la dénomination. Caché derrière ses fines lunettes rectangulaires et son bouc hirsute, il sourit. « Goûtez, vous verrez bien ! »​

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