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Stéphane Bern : ‘‘Un véritable enjeu politique”

La tour de Saussy (21), l’église Saint-Denis d’Épiry (58), le théâtre du château de Sully (71) et les écuries de la maison de Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye (89) sont les quatre monuments bourguignons qui profiteront financièrement de la troisième mission Patrimoine pilotée par Stéphane Bern. Pour le « Monsieur Histoire » du Paf, le patrimoine retrouve une place majeure dans les mentalités et prend enfin sa place dans le débat public.

Propos recueillis par Antoine Gavory / Agence Proscriptum Photo Laurent Menec




Quels sont les critères retenus pour la sélection des monuments dans la cadre de la mission Patrimoine ? Il faut d’abord que les monuments candidatent. Ce sont les propriétaires, les collectivités ou des citoyens qui repèrent le patrimoine qui se dégrade et nous en informent. Ensuite, on prend en compte l’état de péril, l’intérêt patrimonial et culturel, l’impact du projet, son degré de maturité y compris dans son financement, la situation socio- économique du territoire aussi. Le projet doit avoir un impact économique et touristique. On essaie que ce soit un levier intelligent pour recréer de l’emploi et de l’activité locale. Mais le principal critère demeure l’état de péril, l’urgence d’agir pour ne pas perdre un patrimoine. Les bénévoles de la Fondation du patrimoine ont un rôle important pour nous faire remonter l’information.


Comment est défini l’intérêt architectural d’un bâtiment ? C’est assez difficile à dire. Si vous prenez la tour de Saussy en Côte-d’Or, elle n’est pas architecturalement extraordinaire, mais c’est une tour hydraulique du XIXe siècle comme il y en a très peu, ce qui fait son intérêt patrimonial. Surtout, ce n’est pas uniquement le patrimoine monumental qui est concerné. À Sens par exemple, nous avons aidé la restauration d’un pigeonnier privé ; à Belfort, ce sera le fort ; à Montbéliard, un temple protestant. Il n’y a pas que des châteaux, on vise aussi le patrimoine vernaculaire, avec d’un côté l’école en bois de Ronchamp et de l’autre le château de Sully.


Dans le contexte que nous connaissons tous, craignez-vous un désintérêt pour le patrimoine ? Non, au contraire. Les gens ont passé leur été à aller voir des monuments. Cet été, nous avions lancé l’opération « Je visite la France », et les petites communes ont connu une hausse de fréquentation de 30 à 50 %, qui ont permis à certaines de rétablir leurs comptes. Les tirages du Loto du Patrimoine ont rapporté plus d’argent que les années précédentes. Le but est d’atteindre entre 40 et 50 millions d’euros à partager entre les 119 sites. Si l’on prend la Bourgogne, depuis le début, on a accordé plus de deux millions d’aide à 23 sites et 80 % des sites sont aujourd’hui sauvés. À Arc-sur-Tille par exemple, les travaux permettront la réouverture prochaine de l’église après 31 ans de fermeture !


Pensez-vous que l’on fait suffisamment pour le patrimoine ? Pour la première fois depuis Jack Lang et François Mitterrand, en plus des 326 millions annuels sanctuarisés par le budget de la Culture, la ministre (ndlr, Roselyne Bachelot depuis juillet 2020) a décroché 614 millions pour le patrimoine. J’entends même des gens dire : « Bern, il frappe trop fort, il n’y en a plus que pour le patrimoine ! » Avoir pu réunir près d’un milliard en faveur de l’entretien de notre patrimoine, c’est exceptionnel. Et il faut arrêter de penser que ce ne sont que des vieilles pierres. Derrière, ce sont 35000 artisans, de l’emploi, de l’activité touristique, du développement territorial...


Quand le président de la République, Emmanuel Macron, vous a demandé de vous occuper du patrimoine, avez-vous pu faire un état des lieux en France ? Cet état des lieux existe. Aujourd’hui, on ne fait plus comme Mérimée qui allait d’un site à l’autre, on a des banques de données très précises. Ce qui m’inquiète vraiment, c’est le patrimoine religieux. On trouve beaucoup d’argent pour Notre-Dame de Paris, mais beaucoup moins pour les petites églises de nos campagnes. Et que l’on soit croyant ou pas, elles constituent l’âme de la France et font partie de notre histoire. Aujourd’hui il faudrait deux milliards pour rénover toutes celles qui sont en train de péricliter. Ce n’est pas si énorme, c’est une question d’enjeu. Le patrimoine religieux doit redevenir un enjeu électoral.


Quelle sera, selon vous, la place du patrimoine dans l’avenir ? Ce qui me réjouit, c’est qu’en deux ans on a sauvé 180 monuments, mais on gagne surtout la bataille des mentalités. Le patrimoine est un véritable enjeu politique. Je vois des maires qui ont perdu les élections parce qu’ils n’avaient rien fait pour le patrimoine de leur commune, et d’autres qui sont élus avec la mission de le sauver. Il y a une sensibilité semblable à celle de la cause animale, les populations sont vent- debout contre les permis de détruire.


Qu’est-ce cette fascination reflète de notre lien avec l’histoire ? Quand on n’apprend plus, les pierres parlent encore. Elles nous racontent notre histoire et notre identité. Derrière les pierres il y a des gens. On doit arrêter d’enlaidir le pays et préserver la beauté que l’on nous a donnée. Je ne suis pas anti-modernité, mais on doit se poser la question de ce que l’on va transmettre à nos générations futures. Quand on voit Versailles, qui est une merveille de l’art français, et l’opéra de la Bastille auquel on est obligé d’ajouter des filets pour qu’il ne s’écroule pas sur les passants... Il y a un problème. Heureusement, on a pour la première fois depuis Mitterrand un président qui aime sincèrement les vielles pierres : « Les vieux présidents avaient besoin de s’afficher avec de la modernité pour montrer qu’ils sont jeunes, un jeune président peut assumer d’aimer les vieilles pierres », m’a-t-il dit un jour.




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