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Château de Meauce, résurrection annoncée [#53]

 

Il s’en est fallu de peu pour que le château de Meauce à Saincaize, l’un des plus anciens châteaux de la Nièvre, inhabité depuis la Seconde Guerre mondiale, ne disparaisse à jamais sous la végétation et l’usure du temps. C’était sans compter sur l’arrivée providentielle de nouveaux propriétaires, Cédric et Séverine Mignon, soutenus par la mobilisation hors norme des habitants et des élus du département.

 

En pénétrant dans le château de Meauce, on franchit l’espace-temps en même temps que le palier pour faire un bond dans le passé : « Les derniers habitants du château ont été les soldats de l’armée allemande, qui l’ont quitté lorsque la zone sud a été annexée et que la ligne de démarcation (ndlr : qui suivait le cours de l’Allier jusqu’en mars 1943) a disparu », explique le nouveau châtelain Cédric Mignon. Depuis ce départ, le château est resté inhabité et, malgré quelques tentatives de restauration finalement avortées, l’historique bâtisse est lentement tombé dans l’oubli…  Pas pour tout le monde cependant.

 

 UNE MOBILISATION INATTENDUE 

 

 

En 2011, Cédric et Séverine Mignon, qui vivent à Paris, décident d’acquérir une résidence en province : « Nous voulions un édifice historique, à rénover et près de Paris. » Leur quête les conduit dans l’Yonne, la Côte-d’Or, le Berry, le Loiret… Dans la Nièvre, leur première visite à Saincaize-Meauce ne les convainc pas. Pour autant, leurs pas semblent les ramener inexorablement ici. Après plusieurs autres visites, le charme opère et la machine se met en route : « Après une de nos venues, alors que nous n’avions même pas acheté le château, la Drac nous as  contacté en nous expliquant que si nous acquérions le château, ils seraient derrière nous pour nous aider dans sa restauration. » Incité par tant de sollicitude, notre couple parisien fait l’acquisition du château le 3 juillet 2016. Immédiatement, une association de préservation se crée, et les réseaux sociaux se mettent en branle pour rassembler quelque 11 000 personnes autour de l’aventure de la restauration du site : « La mobilisation a été incroyable, poursuit Cédric Mignon, avec des personnes de toute sorte (des habitants, des historiens, des bénévoles…) qui sont venus nous encourager, nous proposer leur aide, nous apporter des documents ou des objets en lien avec le château… Les pompiers de Nevers par exemple sont venus nous débarrasser d’une ancienne machine d’imprimerie, et ont versé près de 3 000 euros à l’association grâce à la vente du plomb ainsi récupéré. Cet été, ce sont des bénévoles qui vont venir pour aider à déblayer… C’est à travers toute cette mobilisation que l’on constate l’attachement des locaux à ce lieu. » 

Un optimisme qui atteint jusqu’aux services de l’État : pour faciliter les démarches administratives liées à la restauration du château, le ministère de la Culture l’inscrit aux Monuments historiques dans son intégralité (il ne l’était que partiellement depuis 1923) en novembre 2016, avant de le classer à proprement parler en décembre 2016, permettant ainsi d’engager la première tranche de travaux dès avril 2017.

 

 D'UN PROPRIÉTAIRE À L'AUTRE 

 

 

Si Meauce attise autant les passions, c’est avant tout parce que c’est un édifice unique étroitement lié à l’histoire de France, dont l’architecture a évolué au fil des époques sur plus de sept siècles. Construit au XIIIe siècle par Hugues de Meauce - récompensé par saint Louis pour l’avoir accompagné aux côtés du comte de Nevers, Gaucher de Châtillon, et d’avoir eu les yeux crevés lors de la première croisade - le château est bâti sur l’éperon de Rochefort, autrefois baigné par les eaux de l’Allier, dont le lit s’est déplacé d’une vingtaine de mètres depuis. Très vite, le château devient prospère : « Les seigneurs de Meauce avaient droit de justice et d’épave. Dès lors qu’un bateau s’échouait sur leurs terres, ils en conservaient la propriété. Comme les seigneurs n’hésitaient pas à pirater les navires, Charles VII mit fin à ce droit », précise Séverine Mignon en propriétaire avisée. Les seigneurs de Meauce tiendront la seigneurie jusqu’en 1349 et le mariage de Catherine de Meauce avec Etienne de Monturuc, neveu de l’évêque de Noyon, futur pape Innocent VI. Au début du XVe siècle, par le biais du mariage de leur fille Catherine de Monturuc, le château passe dans le giron de la famille Roffignac, chambellans du comte de Nevers de père en fils. 

À la suite d’un revers de fortune, et d’un procès, Meauce est adjugé en 1690 à Anne Voiland, femme de Jean-Baptiste Marigot, intendant du duc de Nevers. Meauce est vendu en 1772 pour 93 000 livres au maître des forges Benoit Moreau des Marets, qui fera d’importantes transformations notamment au niveau de la ferme. Il passe ensuite par mariage aux Tiersonnier (qui possèdent toujours la chapelle, située à une centaine de mètres, dans laquelle demeurent les tombeaux familiaux), puis aux Héron de Villefosse, avant d’être acquis en 1971 par le cinéaste Jean Devaivre (lire encadré). Ce dernier lancera une première tranche de travaux, mais les désaccords avec les services de l’État et d’interminables contentieux judiciaires feront tomber le château dans l’abandon et l’oubli… 

 

 DÉLICATE RESTAURATION 

 

 

Aujourd’hui, si l’optimisme est autant là, c’est que le château est passé très près de la disparition. « Tout est à refaire, explique le nouveau propriétaire. Il y a bien eu plusieurs consolidations faites dans les années 70, mais l’état du bâtiment est tel que même les Compagnons du Devoir nous ont avoué qu’ils ne savaient pas comment la toiture tenait encore dans certaines parties. » Planchers effondrés, toiture percée, charpente à refaire… Trois phases de restauration d’une année chacune sont prévues pour refaire une partie de l’édifice : « Nous allons rendre une partie habitable, une autre, moins abîmée restera en l’état et pourra être visitée. Nous tenons beaucoup à conserver une partie importante “dans son jus”, tout en nettoyant et refaisant les travaux indispensables. » 

L’une des difficultés majeures consiste à procéder à une restauration la plus fidèle possible en tenant compte de l’aspect originel du château, tout en se préoccupant d’un certain confort également : « L’exemple le plus flagrant est la salle de justice. À l’origine, elle était sans fenêtre, ce qui lui conférait une atmosphère oppressante propre à son usage, mais des ouvertures ont ensuite été percées au XVIIIe siècle. Si nous voulions la réaménager comme au Moyen Âge, il nous faudrait reboucher ces ouvertures, mais la salle deviendrait alors invivable. » Autre exemple, cette impressionnante cheminée sculptée de fleurs de lys dans la salle de justice qui devrait, pour respecter l’époque, être entièrement recouverte de plâtre. Autant de modifications réalisées au fil des siècles, qui rendent la restauration délicate et obligent propriétaires et services de l’État à trouver un subtil équilibre entre authenticité historique et contraintes actuelles. Des décisions qui provoquent aussi parfois des désaccords, comme ce fut le cas pour la restauration de la toiture : « Une partie était à l’origine en ardoise, puis a été recouverte, sans doute pour des raisons économiques, par de la tuile de Bourgogne. Nous avons décidé de la refaire en ardoise, malgré quelques protestations des villageois », sourit Cédric Mignon.

 

 UN LIEU OUVERT ET VIVANT 

 

 

Si la famille Mignon avait bel et bien l’intention de s’acheter un petit havre de paix loin de l’agitation parisienne, l’effervescence engendrée par leur arrivée n’a pas changé que le destin du château : « Au départ, nous l’avions acquis pour en faire une résidence privée, mais aujourd’hui, quand nous voyons la mobilisation de tous ces gens venus nous aider, nous ne pouvons plus envisager de ne pas en ouvrir au moins une partie au public. Il faut que cette propriété privée soit un lieu ouvert et vivant ! »

Une résurrection qui n’attendra pas la fin des travaux puisque, dès le 6 mai, Cédric et Séverine Mignon ont décidé d’organiser une fête médiévale qui sera aussi l’occasion de quelques chantiers de déblayage. Avis aux amoureux des vieilles pierres…

 

UN PARA AU-DESSUS DE MEAUCE 

 

 

En 1944, le cinéaste Jean Devaivre, qui fera tourner Brigitte Bardot dans Le Fils de Caroline chérie (1954), est alors résistant dans le maquis de Saône-et-Loire sous le nom de Janus. C’est lors d’un parachutage au dessus de Saincaize en février 1944 qu’il découvre de nuit le château de Meauce. Subjugué par le lieu et bien décidé à l’acquérir, il devra attendre 1971 pour en devenir le propriétaire. Il fait alors étendre la protection du monument, mais sans ses dépendances, séparées de la vente. Un long procès s’ensuit contre l’État, Jean Devaivre refusant de céder le château jusqu’à ce que l’architecte Dominique de Lavergne, qui possède les dépendances depuis 1995, l’acquiert en 2014. Face à l’ampleur des travaux, et ayant entretemps acquis un autre château en Provence, ce dernier le remettra en vente un an plus tard…

 

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