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Route des Grands Crus, parcours initiatique [15H]

 

Elle célèbre ses 80 ans. À tout seigneur tout honneur, la Route des Grands Crus de Bourgogne, doyenne des routes viticoles, mérite un guide à la hauteur de son rang… ainsi qu’une « deuche » décapotable. Avec une pédagogie joyeuse qui lui est propre, Youri Lebault ne cesse de promener des visiteurs venus du monde entier dans les coins les plus secrets de la connaissance viticole. Sans faire la leçon, avec le sens du partage, voici les premiers kilomètres d’un parcours hautement initiatique.

 

Une vocation, ça ne s’explique pas. Youri Lebault a fait de l’œnotourisme avant même que le mot ne se répande et de la pédagogie avant même qu’il n’en connaisse vraiment le sens. C’est en dépannant l’office de tourisme de Dijon, à la recherche au pied levé d’un guide pour promener deux touristes venus de Floride pour visiter la côte, qu’il a la révélation. En 1999, on ne parle pas encore d’un classement au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est à peine si l’on évoque les climats, ce nom enfoui dans les méandres de l’histoire bourguignonne. Dès lors, pour Youri, le taxi est un véhicule qui peut mener loin, bien au-delà des routes qu’il emprunte. Au partage, à la passion, à la vulgarisation subtile d’un savoir ancestral. Ses premiers « clients », emballés par la spontanéité et la connaissance de leur compagnon de voyage, lui demandent ainsi de revenir le lendemain. Premier gage de succès. Patiemment, étape après étape, ce self-made-man du terroir fera de Bourgogne Gold Tour l’agence « in » de la côte viticole. Plutôt haut de gamme à en voir le parc automobile utilisé, trois Mercedes premium de chez premium. Youri ne veut rien négliger, c’est un artiste à sa manière. Il s’est fait une réputation dans le métier et, si cela se présente, n’hésite pas à saisir sa guitare pour revisiter quelques chansons bourguignonnes. Avec lui, tout est question de rythme.

 "OH YEAH !" 

 

Aujourd’hui, la donne a changé. Le classement des Climats de Bourgogne au patrimoine mondial a placé son « aire de jeu » sur une autre planète. Pour autant, « il faut rester humble devant ce que cela représente ». Ce guide XXL des grands crus assure qu’il faut revenir à l’essentiel et ne pas avoir peur des lieux communs avant de s’attaquer à l’anecdotique ou a des informations plus pointues : « Tu ne peux pas expliquer des choses extraordinaires si, au préalable, tu ne plantes pas le squelette de ton information, car le visiteur qui arrive de Hong Kong ou des États-Unis ne sait rien ou presque. »

Du discours à la méthode, il y a un espace que la belle 2CV décapotable saura traverser avec allégresse. Du nord au sud, step by step, les « Champs-Elysées de la Bourgogne » livrent leurs petits secrets. À commencer par Dijon, cette capitale-métropole dont le cœur historique a lui-même été mis sous le voile protecteur de l’Unesco. « Il me plaît de dire que Dijon est le point zéro de l’aventure. Son vignoble, épanoui à l’époque des ducs et qui veut renaître désormais, en fait une ville extraordinaire à découvrir, comment pourrions-nous ignorer un tel potentiel », rappelle le pragmatique Youri. Mais c’est à hauteur du terroir de la première appellation village de la Côte de Nuits que les mots livrent leur sens. « Dans Marsannay-la-Côte, il y a « côte », assène le professeur Lebault, et cela me donne l’occasion d’expliquer à l’étranger ce que représentent cette côte, ses 37 villages et les deux villes qui la bornent ! »

Reprenant sa démonstration en faisant un usage calculé d’un anglais qu’il n’a eu de cesse de perfectionner ces dernières années, le voilà lancé : «  The coast, c’est cette pente, the slope, un kilomètre de large, 25 kilomètres de long pour la Côte de Nuits, 25 à 30 pour la Côte de Beaune et, le long de cette côte, on a la Route des Grands Crus. » Merci pour ce décor. « Why ? », serait-on tenté de demander à la manière d’un Américain. « Because, il y a 175 millions d’années, il y avait ici une mer chaude et peu profonde, qui a donné des dépôts de carbonate de calcium, lesquels vont créer, pendant 110 millions d’années grosso modo, cette roche sédimentaire de calcaire. » Puis, il y a 35 millions d’années, un mouvement tectonique entre les plaques africaine et européenne provoquera la levée d’un relief de faille. « Et là, je leur explique que c’est le même type de faille qu’à San Andreas en Californie », poursuit Youri, pas peu fier de déclencher un « Oh yeah ! » collectif de haut volée.

 

 GRANDEUR ET SPIRITUALITÉ 

 

 

« Il n’y plus de tremblement de terre, ne vous barrez pas en courant », plaisante alors le guide, toujours à l’aise avec ses clients qu’il traite comme des amis. Face à un Chinois qui pense que la Bourgogne est un immense champ de vignes, il remet par exemple le cep au milieu de son rang : « Mon pote, chez nous c’est le sol qui décide et non pas la winery (ndlr, l’entreprise qui vinifie) comme dans le reste du monde. C’est sur les marnes qu’on a les plus grands vins. » Le « slow commentaire » est de circonstance, pesé et soutenu par une explication sur un tableau. Les grands crus ont besoin d’un stress hydrique modéré explique le « prof », c’est ce qui détermine la pyramide des appellations : « de l’eau et un sol riche en bas de pente où naissent les appellations régionales ; un peu plus de pente et un peu moins de calcaire dans le secteur des villages et, en milieu de pente, ce parfait équilibre entre stress hydrique, calcaire et argile qui fait les grands crus. » Cela dit, on comprend pourquoi les Chambertin, Musigny et autres Romanée-Conti font chanter le nom de la Bourgogne dans la planète entière.

La balade se poursuit à Fixin, au hameau de Fixey plus précisément, dont la petite église livre son chapitre éclairé : « Elle est belle et parfaitement équilibrée, elle a dans son âme spirituelle tout ce qu’on trouve dans la vigne, cette pierre puisée dans les sous-sols, ses bois de la forêt de Cîteaux, ces laves qui rappellent les murgers et les cabottes, ce clocher de type flamand qui renvoie à une autre époque, celle des ducs... » Avec ce patrimoine cultuel et culturel intimement lié au patrimoine vernaculaire, Youri se fait l’écho admiratif des bénédictins puis des cisterciens qui ont façonné « son » paysage viticole. 

Ainsi va la Bourgogne dans ce qu’elle a de plus prestigieux mais en même temps de plus profond. Quand la jolie Citroën arpente, un peu essoufflée, le chemin qui mène à l’abbaye Saint-Vivant, sur les terres des sires de Vergy, grandeur et spiritualité cohabitent dans le décor sculptural de ruines savamment préservées, pour ne pas dire sauvées de l’effondrement total. Youri en est le premier ému.

André Valognes est un membre actif de cette ambitieuse entreprise de restauration d’un site bénédictin qui contribua fondamentalement à la définition des climats. Ce résident du proche village de Reulle-Vergy donne de son temps et s’emploie à commenter les liens inextricables que ce patrimoine resté digne malgré ses blessures entretient avec les stars mondiales que sont les grands crus Romanée-Conti et Romanée-Saint-Vivant. Le contraste entre les deux est pourtant saisissant.

 

 REFAIRE LA ROUTE... 

 

La route n’est qu’à son début, et déjà, on saisit que rien ici ne mérite d’être abordé à la légère. « Nous sommes en présence d’une dimension à la fois verticale et horizontale, entre la géologie, l’exception et la spiritualité. Quand tu as compris cela, tu as tout compris », résume Youri Lebault, qui rêve d’une Route des Grands Crus célébrée à la manière de ce qui se passe dans le vignoble d’Alsace. Le Conseil départemental de Côte-d’Or multiplie les événements et les rendez-vous à l’occasion de cette année anniversaire de la plus ancienne des routes viticoles, 80 ans tout de même. Cet élan semble vouloir ouvrir le temps d’une renaissance pour ce ruban unique au monde qui traverse d’un bout à l’autre des noms universellement connus. La récente sacralisation des climats donne toutes les raisons de penser que nous sommes en présence d’une route-patrimoine en devenir, protégée et sublimée comme il se doit dans les années à venir.

Seuls quelques kilomètres ont été parcourus et déjà, le passager de la Route des Grands Crus se sent écrasé par le poids de la connaissance qu’il devra aller chercher devant lui. Mais cette pression a un goût de reviens-y ! Nous n’allons pas, dans ces lignes, évoquer la majesté et la grandeur du Clos de Vougeot et de son château qui rayonne sur les cinq continents. Pas plus que nous allons aborder la magie des grands blancs dont le triangle d’or conclut une route prodigieuse qui se veut théâtrale sur les hauteurs de Pernand-Vergelesses, sublime en vis-à-vis de la butte de Corton, joyeuse et balnéaire dans les rues de Beaune, inégalable quand elle ouvre ses caves entre Puligny-Montrachet et Chassagne-Montrachet. Laissons cela aux ouvrages touristiques et œnologiques dédiés à la bonne cause, si nombreux et si bien documentés. Place à une vision philosophique du parcours, qui en sera le meilleur guide après tout.

« Les moines ont compris que tous les lieux ne se valent pas, la légende dit même qu’ils goûtaient la terre pour choisir leurs parcelles », rappelle le pilote de la « Deuche ». Avec moins de 2 % d’une production régionale qui ne représente elle-même que 2,5 % de la production nationale, les grands crus sont en effet une denrée si rare que les côtoyer et les comprendre se mérite. Quitte à refaire plusieurs fois la route. Youri, lui, ne s’en lasse pas.

UNE DEUDEUCHE POUR DEUX

 

 

En 1983, Michel David, son épouse Isabelle et quelques amis créent le 2CV Club de Bourgogne. Passionné par cette voiture mythique, il ne cesse d’en retaper en y apportant chaque fois sa touche personnelle. Cette 2CV est à l’origine une Charleston bordeaux et noire datant elle aussi de 1983. Elle a été transformée, dans les années 90, en 2CV cabriolet deux places par le concepteur du kit Hoffmann lui-même. Wolfgang Hoffmann et son fils Felix ont développé le design et les premiers prototypes d’un kit polyester destiné à transformer une 2CV en cabriolet tout en y ajoutant de nombreux accessoires comme le tableau de bord équipé d’un compte-tour, d’une horloge ou encore d’un indicateur de température d’huile. À l’intérieur, des sièges en cuir de Volkswagen ; à l’extérieur, une capote en coton faite du même tissu que celles de Mercedes. Le véhicule possède aussi un châssis en inox et des jantes larges avec un adaptateur pour pouvoir mettre des jantes italiennes en alliage équipées de pneus en 195. Cette 2CV cabriolet deux tons, baptisée « café-crème » par Michel David, a été transformée par Hoffmann pour l’un de  ses salariés. L’amateur bourguignon a racheté le véhicule en 1995 alors que la carrosserie était corrodée et le moteur hors-service. Après trois mois de travail et l’aide de son beau-frère carrossier, Jean-Pierre Mauguin, notre passionné de deudeuche a fait repeindre la voiture et a refait l’aménagement intérieur en y ajoutant quelques élégantes boiseries. Enfin, il y a installé un système hydrogène visant à décalaminer le moteur et à économiser sa consommation d’énergie. 

LA ROUTE DES GRANDS CRUS, 80 ANS ET TOUTES SES DENTS

 

 

 

Né en 1937 à l’initiative du Conseil départemental de Côte-d’Or, la Route des Grands Crus a réussi le pari de faire du prestigieux vignoble de la Côte de Nuits et de la Côte de Beaune une destination touristique à part entière à l’époque des premiers congés payés. Sur 60 kilomètres, le long de la RN 74 qui relie Dijon à Beaune, la route révèle les paysages des grands crus et a contribué à créer le concept même d’œnotourisme. Sur sa longueur, la plus ancienne route des vins de France traverse quelque 37 villages réputés dans le monde entier. Entre patrimoine viticole et patrimoine historique, la route mêle tradition bourguignonne, religion et savoir-faire. Squelette des grands climats du vignoble de Bourgogne désormais inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, la Route des Grands Crus fête cette année ses 80 ans. Parallèle à la côte des vignes, celle-ci sillonne l’impressionnante mosaïque de 1247 parcelles dont le sol et le sous-sol donnent autant de spécificités. Pour suivre ces « Champs-Elysées bourguignons », il suffit de suivre le panneau dont la signalétique a été imaginée en 1997 : sur fond lie-de-vin, une grappe de raisin et un lettrage blanc indiquant la divine chaussée. 

 

 

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