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Lormes hors norme [#55]

 

 

Easy Rider au pays des gens heureux. Quelques bikers dijonnais ont posé leur casque dans une cité en ébullition, pile poil au cœur de la France. Étonnamment peuplée d’artistes et de gens militants de leur Morvan, Lormes se construit un avenir enviable, entre les promesses du numérique et les bienfaits du terroir. Hors norme, Lormes ? « Ville du futur », promet-on.

 

Pour bien comprendre Lormes, il aurait fallu venir de Paris. La destination se présente alors comme la première étape du Morvan. La porte prometteuse ouvre sur un territoire dont on ne peut ignorer, encore et encore, les liens qu’il entretient historiquement avec la capitale française. Nounous, p’tit culs de Paris et flotteurs le rappellent sans cesse : les mamelles et les bois du coin ont nourri et chauffé les Parisiens, les bonnes âmes morvandelles ont recueilli ceux que la capitale jacobine ne voulaient plus assumer.Lormes est un havre de paix qui s’est construit dans une gorge irriguée par deux ruisseaux. Ce gros bourg de près de 1 500 âmes symbolise le renouveau du territoire le plus identitaire de la Bourgogne. « Une ville », tient à préciser son maire, reprenant de la sorte la désignation assumée par le talentueux écrivain local Henri Bachelin (1). Selon Fabien Bazin, la formule n’a rien d’une surestimation de soi, elle incarne le combat qu’il mène avec acharnement pour sortir le Morvan et la ruralité dans son ensemble des clichés faciles (et en même temps assassins) de mouroir.

 

 LA VIE RÉINVENTÉE 

 

Pied à terre, les motards venus de la métropole bourguignonne font quant à eux l’immédiat constat de cette énergie retrouvée. Le temps déjà d’un casse-croûte fort agréable au Bar Joe Lounge Caffè, dont le nom flatte leur condition de bikers. Puis, dans une traversée du centre qui leur fera découvrir, l’espace de quelques dizaines de mètres, une foultitude d’endroits et de personnages insolites dont ils ne soupçonnaient même pas l’existence. « Y aller, c’était la seule façon de savoir », note dans un inattendu élan philosophique l’assureur Thierry, chef de file du cortège dijonnais. Il n’a pas tort. À Lormes, on fait de drôles de choses. On recycle espace et objets dans une ambiance vintage tout en organisant des concerts, on ouvre un bar de nuit, on fait des expositions audacieuses, on transforme des extincteurs en camions d’art, on se parfume au poivre et au savon, on se régale d’une cuisine italienne avec un chef tout droit sorti d’un remake d’Easy Rider… Bref, on réinvente la vie.

 

 L'EXODE INVERSÉ 

 

Fabien Bazin a débarqué ici il y a un quart de siècle. Jeune « parigot » issu d’une famille d’enseignants, il effectue en même temps une sorte de retour aux sources. Son cousin Louis Cougny, ancien maire de Poil, n’avait-il pas été lui-même parmi les fondateurs du Modef, ce syndicat agricole défenseur des petits exploitants opposé à la toute-puissante FNSEA ? Le militantisme est donc affaire de sang. Après avoir usé jusqu’au bas de caisse sa 205 rouge, ce maire peu démonstratif sillonne désormais les rues nivernaises avec une C5 qui affiche 250 000 kilomètres au compteur. Soit beaucoup de chemin parcouru, sans trop regarder dans le rétroviseur, et de temps passé à se battre pour le destin de son territoire. Tel est le style d’un intello-rural décomplexé qui « lisait Le Monde à l’âge de 14 ans » avant d’épouser avec rage la cause de la ruralité. Fabien Bazin est de gauche, il ne le renie pas, mais il place au-dessus de toute considération, la « conviction que malgré les difficultés très fortes que rencontre la ruralité, on est en train de gagner le pari de la fin de l’exode rural et de la reconquête démographique, même si cela doit prendre des années ». Au premier chapitre des arguments déployés par le maire de Lormes, « 200 000 citadins quittent chaque année les grandes métropoles qu’ll faut aujourd’hui repenser à l’échelle du monde ». Ainsi, son fameux « bouclier rural », bien que resté à l’état de projet de loi en 2010, « est une fierté, il a remis la question de la ruralité dans le débat public ».

Fabien Bazin évoque la « ville du futur », rejetant les visions dépassées de la campagne : « La mixité entre anciens et nouveaux habitants est de moins en moins problématique, un habitant sur cinq est installé depuis moins de cinq ans dans notre département ; on n’oppose plus modernité et tradition (…) À Lormes, il y a un télécentre dédié à des jeunes et moins jeunes qui travaillent en indépendants, mais aussi une fanfare aux clairons qui marche du tonnerre ! » Tatatam !

 

 

 UNE FANFARE ET UN FAB LAB 

 

 

Au rythme du tambour, l’élu du « troisième millénaire » se doit donc « de travailler sur l’accompagnement des nouveaux arrivants sans pour autant négliger ceux qui ont tenu la baraque depuis toujours ». De là à dire que Lormes se la joue « atypique », son maire nuance : « Je ne crois pas ; Luzy et Saint-Pierre-le-Moutiers, par exemple, réfléchissent bien à leur avenir, et tout le sujet est de clipper avec beaucoup de douceur des éléments de modernité ». Cette notion de « ville du futur », Lormes va notamment la chercher dans le projet d’un immense « fab lab », sur le modèle (et avec le réseau connexe) de ce qui se fait déjà à Montreuil et à Marseille. Soit un espace d’un peu moins de 1 000 m2, équipé de machines numériques mises à disposition des artisans locaux que l’on formera à ça, d’où devraient émerger quelques start-ups dont le talent geek se mettra au service de savoir-faire ancestraux, ceux du travail du bois notamment.
« La modernité de la ruralité, ça ne va pas de soi », relativise Fabien Bazin. Sur tous les fronts, son action compose tantôt avec la Région et l’État, tantôt avec l’Europe et avec toute forme d’environnement en capacité de faire avancer les choses. « Les Dijonnais commencent à identifier que le Morvan est une destination touristique sympathique et Lormes une petite ville bluffante », se réjouit en attendant l’édile qui a encore bien des défis à relever. Le prochain ne manque pas de sens en ces terres d’élevage : « On cherche un boucher, toutes les conditions sont réunies pour qu’il ait une belle affaire. » Le message est passé, les candidats n’ont plus qu’à aiguiser leurs couteaux !

 

(1) Henri Bachelin (1879-1941) était un enfant du pays fortement inspiré par Jules Renard et Charles-Louis Philippe. Une association éponyme présidée par l’ancien préfet Jean-Pierre Lacroix pérennise son œuvre alors qu’une statue le représentant, réalisée par Georges Surdey, est visible dans la salle des mariages de la commune.

Pour lire l'intégralité du reportage à Lormes,

commandez le #55 !

 

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