BM-new-blanc.png

NEWSLETTER

SUIVEZ-NOUS

  • Blanc Facebook Icône
  • Blanc Icône Instagram
  • Blanc Twitter Icon
  • Blanc Icône YouTube

©1995 - 2018  Bourgogne Magazine | création par Incom Dijon
Tous droits réservés

La Saint-Vincent des Enfoirés [#56]

20.04.2018

 

Rock'n roll. Avec Michael Jones pour parrain et une irrésistible envie de faire la fête sans se prendre la tête, le territoire de l’appellation Saint-Véran démontre, au-delà de sa Saint-Vincent (les 27 et 28 janvier), que la Bourgogne est encore accessible et a de la générosité à revendre entre les vignes. Pour le bien des Restos du cœur, le chardonnay joue une partition rock’n roll à l’ombre de deux roches légendaires, Soluté et Vergisson, mettant en musique le tube historique de ces deux Enfoirés que sont le guitariste Franco-gallois et son camarade Jean-Jacques Goldman : « Je te donne ! »

 

 ÉLEVÉ SOUS LA ROCHE 

 

Saint-Véran devrait bientôt obtenir ses premiers crus, dans la foulée d’une Saint-Vincent placée sous le signe de la générosité. Elevée sous la roche de Solutré, élevée aussi au plus haut rang de la Bourgogne par l’INAO, l’appellation a tout à gagner à conserver son accessibilité et son sens du partage qui font le charme du Mâconnais.

 

 

Une fois pour toutes, ne pas confondre Saint-Vérand et Saint-Véran, même si les deux noms ont un évident lien familial. Le premier, selon la formule touristique consacrée, est « un village de caractère de la Bourgogne du sud, haut perché en lisière du Beaujolais, avec un magnifique panorama sur Chaintré, Chânes et la vallée de la Saône ». Son église romane (XIIe s.), son lavoir, son puits à rafraichir et ses maisons mâconnaises anciennes (XVIe et XVIIe s.), typiques de l’architecture régionale sont les marques du bien-être et d’une qualité de vie enviée.C’est à la négligence d’un col blanc de l’administration française que l’on doit l’ajout du « d ». Saint Véran désignait en réalité le saint patron des bergers, à une époque où le village était connu sous le nom de Saint-Véran-des-Vignes, avant de devenir Arlois sous la Révolution. Pour son acte de renaissance, une erreur de registre a fait gagner une console supplémentaire à Saint-Vérand. D comme désir, sans doute.

 

Juste retour des choses, en 1971, lorsqu’il est question de créer l’appellation locale, on la baptise « Saint-Véran ». Depuis, on distingue d’un « D » le vin du territoire, d’autant que le vin, lui, se produit au-delà des frontières de la seule commune de Saint-Vérand : à Chânes, Chasselas, Davayé, Leynes, Prissé, Saint-Amour-Bellevue ou encore Solutré-Pouilly. Net et franc en attaque, le Saint-Véran sait cultiver l’exotisme en bouche et offrir une gamme florale à renverser de plaisir la plus insensible des soles. Du tempérament à revendre, de la finesse et de la tendresse à partager, sec et rond à la fois, harmonieux et frais le plus souvent, il peut parfois rivaliser de classe avec ses cousins de la Côte de Beaune. Mais il demeure à l’image de celles et ceux qui portent son excellence : aussi peu prétentieux qu’il est bon.

 

 PREMIERS CRUS EN VUE 

 

La Saint-Vincent tournante ne dure que l’espace d’un week-end. Pourtant, elle mobilise une foule de bonnes intentions et d’énergies une année durant. Le Mâconnais attendait cet événement depuis longtemps. À l’image de leur chef de file (ndlr : malgré ce que dira le concerné, la rédaction de Bourgogne Magazine assume le choix de ce titre), le « cornemuseux vigneron » Kévin Tessieux et les bénévoles engagés dans l’aventure ont relevé le défi dans des temps records, promettant de reverser la recette de cet événement énergivore au profit d’une cause hautement populaire et louable, les Restos du Cœur. Cette spontanéité, cette capacité à faire don de soi sans calcul et pour le bien de tous, un peu comme on l’avait déjà ressentie avec Irancy il y a deux ans, est l’œuvre des terroirs humbles.

 

Et là, on ne parle pas d’argent. Uniquement de ce besoin de partager avec le plus grand nombre et démontrer qu’en Bourgogne, il y a de belles appellations encore faciles à découvrir. 2018 sera l’année de la Saint-Vincent pour Saint-Véran, mais aussi de la concrétisation probable du gros dossier des premiers crus. Cette montée en gamme accréditée par l’Inao n’aura rien d’une surprise. Il sera même temps de rééquilibrer les choses sous la Roche de Solutré.Espérons juste que ces promotions promises ne monteront pas trop à la tête de leurs bénéficiaires. Que, lorsque tout sera en ordre, le Mâconnais, via ses appellations les plus prestigieuses auxquelles on associe évidemment le tout proche Pouilly-Fuissé, conserve ce qui fait l’essentiel de son charme : une attaque franche, de la classe et un grand sens du partage. Pour ça, comme pour le reste, on peut compter sur Kévin et ses camarades du Cru Saint-Véran.

 MICHAEL JONES 
 PAIE SA TOURNÉE 

 

Après avoir offert la musique du teaser de la Saint-Vincent du cru Saint-Véran, Michael Jones a choisi Prissé pour célébrer son anniversaire au profit des Restos du cœur. Un parrain plus que généreux, passionné par les vins et fidèle en amitié. Le 27 janvier, c’est sa tournée !

 

Barbe de trois jours mais bien taillée, petites lunettes rondes et teintées à la John Lennon, Michael Jones est « pro » jusqu’au bout du médiator. Face à l’objectif, il prend la pose, tout sourire malgré une méchante et persistante toux. Il écoute et respecte les consignes, n’hésitant pas à mouiller la chemise pour déplacer une table gênante pour la photo. Cool. Accessible, simple et drôle, le guitariste répond aux demandes de selfies et d’autographes de ses admirateurs. Une seule fois, à raison, il refuse poliment de sortir sa guitare pour quelques personnes un peu insistantes et éméchées. La générosité et le partage n’excluent pas le bon goût. D’ailleurs, avec sa longue expérience dans la troupe des Enfoirés, il a acquis une parfaite maîtrise du mot « bénévole ». Alors, plutôt que de se demander pourquoi il est devenu le parrain de la Saint-Vincent 2018, à le voir ainsi, on se rend à l’évidence : pour quelles raisons aurait-il dit non ?

 

 

Comme souvent avec les sujets du Royaume pas toujours uni, le début de l’histoire s’écrit en effet autour de l’amitié et d’un comptoir. Invité à l’inauguration du Hard Rock Cafe de Lyon, en novembre dernier, le Franco-gallois voit un grand gaillard s’approcher du bar. Il lui propose une bière. Sans le savoir, Michael parle à l’un des quatre propriétaires de l’établissement, Kévin Tessieux. Le vigneron de Davayé en rigole encore. Guitariste lui-même, Kévin s’aperçoit vite à quel point son nouveau pote musicien est féru de vin. Entre deux verres, il évoque la Saint-Vincent tournante dont il aura la charge en janvier 2018. Ni une ni deux, Michael, séduit, relève le défi. On le retrouve ainsi dans le Mâconnais, tenant parole, à la demande de Bourgogne Magazine, pour offrir une belle journée de promotion de l’événement. « Promo », certes, mais en toute sincérité. Le verre de saint-véran prévu pour la photo n’est ainsi pas tombé entre les doigts d’un indifférent. S’exécutant dans une ferme levée de coude, Michael Jones rend un vibrant hommage à l’appellation. Remise à niveau, puis petite discussion entre deux rangées de tonneaux du domaine des Deux Roches : « J’ai commencé à découvrir le vin avec les bordeaux, dans les années 70 ; un copain achetait du Fronsac mais en fûts. On le mettait nous-mêmes en bouteilles, on collait les étiquettes et on en buvait ! »

 

 « C'ÉTAIT BON ! » 

 

Il y aura donc pour lui le temps des premiers excès, puis celui de la prise de conscience de la dimension culturelle du vin. En tournée, Michael Jones ne manque pas une occasion de faire un tour par la cave : « Quand je vais dans une région viticole, je ramène toujours du vin. J’ai trouvé du côté de Niort un petit vin rouge pétillant meilleur qu’un Lambrusco ! » Fort de son expertise, il reconnaît avoir un faible pour la Bourgogne. La Romanée Saint-Vivant pour les rouges, ça ne se discute pas. Le Chassagne-Montrachet et le Saint-Véran pour les blancs, ça se comprend aussi. Il se trouve que la comptable de la tournée des Enfoirés est elle-même une fille de vignerons de Volnay. Comme on se retrouve ! Ce curieux hasard permet à notre ami de servir un délicieux souvenir : « On buvait du vin sans étiquette, pris directement dans la cave. C’était bon ! » Tellement bon qu’avec les Enfoirés, il organise régulièrement des dégustations autour de producteurs locaux. Puriste, l’épicurien Michael Jones ne parle d’ailleurs que des artistes avec lesquels il partage son goût du vin. Comme pour un bœuf sur scène, tout est dans le sens de l’improvisation, du partage et de l’harmonie.

 

Il est temps désormais de passer au solide. Au comptoir de l’Ô des Vignes à Fuissé, Kathy, la responsable de salle, sert un blanc sans en dévoiler la provenance. « C’est du pouilly ou du fuissé ? », interroge le malicieux Michael, avant de passer en cuisine avec le chef Chambru. Répondant aux clics répétés du photographe, le guitariste fait claquer le couteau et s’initie à parer une Saint-Jacques…Une fois à table, le Saint-Véran fait le show. Histoire de pimenter les échanges, quelques vieux bourgognes rouges ont été directement prélevés de la cave personnelle du journaliste de service. Michael Jones cherche son verre. En vain. Beau joueur, il simule l’absorption d’une gorgée de vin, repose son verre virtuel et déclare en fanfare : « Je fais de l’air pinard ! » Bravo l’artiste ! Les amateurs d’air guitar apprécieront ce trait d’humour franco-gallois.

 

 

 

 INDÉNIABE EXPERTISE 

 

Le rouge est finalement servi à l’aveugle sur le faux-filet charolais. « Comme pour le vin, la viande doit vieillir pour être appréciée », déclare le musicien. Toute la table approuve. Tant mieux, car l’épicurien aime rallier à lui les suffrages. Et expose son indéniable expertise des accords entre mets et vins : « J’aime boire les vins valaisans de Martigny avec la tête de moine, je bois du Savoie avec de la fondue... Et quand je veux un vin fruité, je prends un Gewurztraminer, un vin bio de chez Charles Muller & Fils. » Son palais avisé enfonce le clou.

 

À deux reprises, Michael identifie qu’il s’agit d’un côte-de-beaune. Respect. Fin du fin, l’amateur avoue préférer un bourgogne rouge 2002 du domaine Rossignol à Volnay à des premiers crus. Il s’était rendu dans la cave du producteur en 1998, lors de la tournée avec Jean-Jacques Goldman pour l’album En passant. Le samedi 27 janvier 2018, à Prissé, le guitariste reprendra à juste titre Je te donne, le tube qu’il a co-écrit avec Goldman. Il aura 66 ans le lendemain. Ce sera sa façon à lui de s’associer aux bénévoles de la Saint-Vincent et de servir une fois de plus la cause des Restos du Cœur à laquelle il est littéralement lié. Mais aussi de célébrer, par ce généreux cadeau, un anniversaire mémorable devant plusieurs dizaines de milliers de pèlerins.

 KÉVIN TESSIEUX 
 NE L'APPELEZ PAS «PRÉSIDENT » 

 

Kévin Tessieux estime être un bénévole parmi les autres. Ne l’appelez-donc pas « Président », vous pourriez le fâcher. Et pourtant…

 

Du haut de ses 32 ans, tout semble avoir réussi à ce Lyonnais. Bac S, master d’économie à l’institut Vatel, MBA (Master of Business Administration) en poche, ce grand brun taillé dans le chêne et au regard sombre de conquistador est aussi un artiste dans l’âme, à la fois guitariste et cornemuseux. Pas le dernier à faire la fête, il est le juste compromis entre le bon camarade de virée et le gendre idéal. C’est à Fanette, son épouse, qu’il doit son entrée dans le monde du vin. Dans un premier temps, elle lui demande de mettre ses compétences en écologie durable, ressources humaines, marketing et commerce au service du domaine viticole de son frère Julien Collovray, deux jours par semaine. Le courant passe bien. En 2012, le père de Fanette et Julien proposent à Kévin de l’embaucher tout en gardant quelques jours d’enseignement dans l’institut Vatel.En 2018, Kevin deviendra officiellement l’associé de son beau-frère au domaine des Deux Roches, l’un des plus importants producteurs de l’appellation Saint-Véran.

 

L’homme a une âme de leader et un grand sens de la pédagogie, sans doute hérité de son passé d’animateur puis de directeur de colonies de vacances. Côté syndical, il est à la tête de la commission communication du cru Saint-Véran dès 2014. Jusqu’à ce que la démission du président, au printemps 2016, le propulse à la présidence de l’appellation et, de fait, à prendre les rênes de la Saint-Vincent. Neuf mois avant l’échéance, du jamais vu !Pas de quoi affoler ce touche-à-tout inspiré. Porté par ses nombreuses passions, « magic Kévin » a dans le même temps participé, avec trois autres associés, à la naissance du Hard Rock Cafe de Lyon. Et embarqué ainsi son nouvel ami le chanteur Michael Jones dans une Saint-Vincent définitivement peu ordinaire, puisqu’elle s’inscrit parmi les six manifestations nationales des Restos du Cœur en 2018. Kevin et Michael ne sont ni « présidents » ni « héros » de la fête. Accordons-leur toutefois d’en être les meilleurs musiciens !

 SÉBASTIEN CHAMBRU 
 SIMPLEMENT MOF 

 

 

Le chef et Meilleur Ouvrier de France de L’Ô des vignes, à Fuissé, a le culte de la simplicité et du travail sans esbroufe. Sébastien Chambru a aussi la responsabilité du menu du banquet de la Saint-Vincent. Pas si simple en réalité.

 

Pour devenir « MOF », il faut en découdre avec la concurrence. La promotion 2007 du Meilleur Ouvrier de France de la catégorie cuisinier a ainsi retenu neuf candidats parmi 33 finalistes. Sébastien Chambru en fut. Pourtant, dans la vie de tous les jours, on a plutôt affaire à un cuisinier amoureux de son métier qu’à un chef de cuisine forcené, mettant sa brigade au pas de ses humeurs. Avec une devise sage et saine à la clé : « La simplicité demande du travail. » Une inspiration puisée dans les madeleines de Proust de l’enfance. Dans son village de Tramayes, 20 km à l’ouest de Prissé, le potager et le jardin fruité rythmaient la cuisine et la vie de la famille. Cadet d’une fratrie de quatre enfants, son père était routier, sa maman travaillait dans une école. Une vie paysanne faite de pêche dans les rivières et de ce lait crémeux que l’on rapportait de la ferme après les cours.Les aînés sont devenus boulanger et un cuisinier. Avec eux, il « (se) sent utile ». Oh, cela n’a « rien d’un coup de foudre, la passion m’est venue en cuisinant », reconnaît celui qui a désormais le recul et la hauteur d’un quadragénaire expérimenté. Comme en témoigne son voyage professionnel. Après un BEP au lycée hôtelier de Mâcon, un brevet professionnel en alternance l’a conduit sur la voie de l’apprentissage. À Tournus à l’Hôtel de la Paix, ses premiers chefs Philippe Bonin puis François Derbaux lui permettent de valider son examen. Puis il file chez « le papa », Paul Bocuse, qu’il côtoie pendant trois ans.

 

 PLAIRE PAR LE GOÛT 

 

 

Là, c’est rigueur, organisation, simplicité. « C’est complexe d’atteindre la simplicité », martèle encore Sébastien qui, par-dessus toute considération, veut traiter le produit, « ne pas faire d’assiette pour la forme, ne pas plaire par le style mais plaire par le goût ». Que Dieu le bénisse, lui et sa vision pleine d’humilité, qui rappelle que « la gourmandise arrive par l’imperfection ». Amateur de vin, le chef Chambru compose sa carte avec Fanny, sa sommelière. Il a bien raison, « les gens viennent chez nous aussi pour boire les vins d’ici, donc on travaille sur des balances douces pour favoriser le mariage avec les vins blancs. » Son parcours a été jalonné de belles maisons, au Japon (de 2005 à 2007), ou encore au Moulin de Mougins, où il regagne l’étoile. Mais ne sentant pas de changement venir dans sa carrière, il décide finalement d’ouvrir son propre restaurant à Fuissé, L’Ô des Vignes, embarquant avec lui ceux qui seront ses seconds, Margot et Florent.

 

Adepte de la transmission, le MOF annonce que ses « stagiaires peuvent partir avec le cahier de recettes ! » Du coup, L’Ô des vignes fait le job, en toute simplicité. Partagé entre sa salle côté rue où l’on sert « une cuisine que tout le monde aime manger » sur une nappe vichy et son parti pris gastronomique pleinement assumé par ailleurs (avec un fumoir en prime, s’il vous plaît !), l’établissement rallie les suffrages. Bientôt, Sébastien Chambru fera lui-même ses pains et ses viennoiseries. Mais pour l’instant, ce qui le préoccupe, c’est le banquet de la Saint-Vincent et les mille et un couverts qu’il devra cosigner avec le traiteur mâconnais Mille & 1 Saveurs. Un défi de plus vers la simplicité. Ce qui n’a rien de simple, en réalité.

 ÉMELINE MEYER-FABRE 
 LES COULEURS DU MÂCONNAIS 

 « Je représente toutes les couleurs du Mâconnais », se félicite Émeline Meyer-Fabre, en charge de la très stratégique commission « décoration » de la Saint-Vincent. En 2018, les fleurs seront durables en priorité.

 

Fille d’instituteur et d’entrepreneur en maçonnerie installés à Mâcon, Émeline Meyer-Fabre a passé son bac agro et son BTS en viticulture-œnologie à Davayé. Mais c’est à Bordeaux, où elle a travaillé en alternance dans différents châteaux dont les prestigieux Beychevelle et Laffite-Rotschild, qu’elle a décroché sa licence. Destinée à la production de vin, son premier poste chez le négociant Jean-Paul Sellès à Belleville-sur-Saône aura été formateur : « Avec un euro on devait en faire dix, cela m’a servi pour la Saint-Vincent. » En 2007, à 23 ans, son vignoble d’origine l’appelle. Elle devient la responsable vigne et terroir du groupement des Vignerons des Terres Secrètes à Prissé. Son contact avec les adhérents mais aussi sa mission de développement durable paient avec la labellisation pour la cave en juin 2013. Une première pour une cave bourguignonne.

 

 PLUS DE 30 000 FLEURS 

 

Alors, les grosses équipes et les réunions de coordination, elle connait bien. Elle veille sur 160 exploitants et 900 hectares, dont un tiers de l’appellation Saint-Véran. Mais « à travers Saint-Véran c’est tout le Mâconnais qui est mis en avant, c’est beau d’ailleurs de voir un tel engouement et cette entraide entre les villages ». La commission décoration doit respecter les trois thèmes dont, cela tombe bien, le développement durable. Pour renouveler le genre « historique » des fleurs en papiers, Émeline utilise le recyclage et le détournement d’objets. 150 bénévoles produisent ainsi 30 000 fleurs à partir de plastique et 1 500 à base de filtres à café ! Mais que les amoureux des fleurs colorées en crépon se rassurent, il en a été prévu quand même 10 000 tout au long du parcours.Pour cette jeune trentenaire embarquée dans un drôle de challenge, nul besoin d’activité physique : « La Saint-Vincent, c’est un sport quotidien depuis un an et demi ! »

 ANAÏS CROZET 
 MISS SAINT-VÉRAN 

 

La cheville ouvrière de la Saint-Vincent aurait pu définitivement s’éloigner de ses origines viticoles. Son engagement dans le syndicat viticole rassure sur ce point : Anaïs Crozet, alias « Miss Saint-Véran » est bien une fille de la vigne !

 

Sa silhouette longiligne et ses yeux verts de biche cachent bien ses racines vigneronnes. Native du millésime 1989, elle est pourtant la fille de vignerons installés à Salles-Arbuissonnas, dans le sud du Beaujolais. Longtemps, Anaïs Crozet a renié ses origines en poursuivant son master de communication et de développement commercial à Lyon. Elle passera même une année à Murcia, en Espagne, dans le cadre du programme Erasmus, rapportant dans ses bagages une langue de plus et le goût des musiques andalouses. Différents stages l’amèneront à travailler dans des grandes entreprises comme Véolia où elle participera à la communication interne du groupe. Mais très vite, elle se rendra compte que ses racines plongent dans le vin. En 2014, elle devient animatrice de l’Union des mâcons. Au bout d’une année, elle est comme un poisson dans l’eau. Son contrat fini, les crus Saint-Véran et Viré-Clessé l’embauchent le temps d’un congé maternité.

 

 TOUJOURS EN DEMANDER PLUS 

 

La titulaire du poste partie, les présidents la rappellent et en font leur animatrice en juin 2016. Sa mission polyvalente : accompagner les vignerons adhérents dans les parties réglementaires, animer les réseaux sociaux et les sites internet sans oublier la communication interne. Mais en ce moment, 90 % de son temps passe dans l’organisation de la Saint-Vincent Tournante de Bourgogne du Saint-Véran. Son président ne tarit pas d’éloges à son sujet : « C’est la cheville ouvrière de la Saint-Vincent. Elle centralise les informations et participe à un maximum de réunions des différentes commissions ». Dans les (rares) temps libres qu’elle s’accorde, Anaïs fait de la photographie, parce que « le développement des photos implique du travail et de la réflexion ». Elle donne aussi des coups de main sur le domaine familial, avec ses compétences de communicante, afin d’aider ses parents à développer la vente en bouteilles. Le vin reste sa passion première avec un crédo : « Toujours en demander plus à la vie. Ne pas cesser d’avoir des projets. » Miss Saint-Véran est servie en la matière. Un nouveau dossier est déjà au sommet de la pile sur son bureau : les 20 ans du cru Viré-Clessé qui seront célébrés ce printemps.

 MICKAËL MARTIN 
 CHOCOLATIER GRAND CRU 

 

Du Saint-Véran dans du chocolat. Le compagnon Mickaël Martin en a fait un grand cru de sa production. Chaud, chaud, chaud, chocolat ! 

 

Veille de Noël. Les quatorze salariés de cet artisan-chocolatier de 35 ans s’activent au milieu des pralines et des papillotes. Tiens, il n’y a que des femmes dans l’arrière-boutique. Sans complexe, Mickaël sort sa boutade prête à emporter : « Ici, on sépare les poules des coqs ! » En réalité, les femmes habillent les chocolats de couleurs chatoyantes tandis que les hommes œuvrent en coulisses, dans le secret du laboratoire. On ne se saura que peu de choses de celui qui a créé le premier bonbon de chocolat à base de vin pur... et millésimé s’il vous plait ! Si ce n’est que le Saint-Véran utilisé est récolté à la source familiale, le domaine viticole de son père Robert et de son frère Damien à Davayé. Et que la crème fraîche servant à préparer la ganache sort (comme le beurre) exclusivement d’une fromagerie locale.Élu par le très sérieux Club des Croqueurs de Chocolat parmi les 100 meilleurs chocolatiers de France (normal, quand on travaille sur douze origines de chocolat à partir de blocs bruts), le jeune homme reste discret. Quand on s’étonne que son nom ne soit inscrit nulle part sur les boîtes ou encore sur la devanture, il lâche dans une respiration : « Chez les compagnons, on nous a toujours appris à mettre les produits en valeur, pas notre nom. »

 

 GANACHE VEDETTE 

 

Le savoir-faire avant le faire savoir. Une vision du métier d’un autre temps, à une époque où les artisans de bouche sont des stars de la réalité. Mickaël a en effet débuté en 1998 par un CAP de pâtisserie chez les Compagnons du devoir. Durant sept années, comme le veut la tradition, son tour de France le mènera de Mâcon à Paris, puis à Nîmes, La Réunion, Brest, Toulouse pour boucler son parcours initiatique dans sa Bourgogne, à Dijon. Ses voyages professionnels lui feront rencontrer sa femme Marjorie, originaire de l’île Maurice. Il repartira à La Réunion une année avant de préparer son retour au pays. En 2007, le couple ouvre une toute petite boutique à Charnay-les-Mâcon, grande rue de la Coupée. Dix ans plus tard, c’est l’emménagement au 99 de la même rue mais dans un magasin flambant neuf. Entre temps, ils en ont ouvert un second à Bourg-en-Bresse. Marqué par sa période bretonne, il ramène de Brest le goût du travail mélangé du caramel, de sel et du beurre salé. Et en tire ses incontournables « Rochers de Solutré » et autre « Sarments de vignes ». Mais sa vedette demeure sa ganache au Saint-Véran qui réunit sa famille autour de son métier. Comme le vin autour de la table.

 SYLVAIN PATURAUD 
 BERGER DE LA VIGNE 

 

Difficile de dissocier les AOP Saint-Véran et Mâconnais. Sylvain Paturaux le bien nommé incarne ce bel accord. Le directeur du Lycée de Davayé passe sa vie entre les vigne et les chèvres.

 

Nom : Paturaux. Prénom : Sylvain. Voilà qui sent bon les estives. Tout juste, son père fut un temps éleveur. Aujourd’hui âgé de 37 ans, ce Nantais est aussi un ingénieur des travaux agricoles diplômé de la prestigieuse ENITA de Bordeaux.Quelques expériences dans le domaine de la viticulture, dont un poste de maître de chais de la cave de Bel Air dans le Beaujolais l’ont rendu amoureux du vignoble. Jusqu’à y acheter une maison et fonder une famille de « deux biques et d’un biquet ». À le voir, au milieu des brocs de caillé, une charlotte bleue taille XXL emprisonnant sa large chevelure, on n’imagine pas que derrière cette tenue un brin clownesque, se cache le directeur d’exploitation du lycée viticole de Davayé, en poste depuis 2012.

 

 BOUTON DE CULOTTE 

 

Vice-président du cru Saint-Véran, Sylvain Paturaux est aussi le trésorier de l’association de la Saint-Vincent tournante 2018. Tout en bénévolat. L’homme n’a pas peur du travail et, quand il rentre chez lui, c’est pour profiter des siens et lire « tout ce qui me tombe sous la main ». La Saint-Vincent est pour lui « un rassemblement dans un esprit de fraternité et de partage autour du vin ». Au quotidien, il gère dix salariés répartis entre les 14 hectares de Saint-Véran certifiés en agriculture biologique depuis 2012 et l’exploitation caprine qui compte 200 ouvrières... euh pardon, chèvres. 120 000 litres de lait annuel servent à la production de 250 000 fromages en AOP Mâconnais, le fromage « star » de la région. Quinze boucs reproducteurs font fleurir les commentaires des enfants qui visitent la ferme. Les fromages sont vendus à la fromagerie mais aussi via Capriferme, qui regroupe quatre fromageries caprines bourguignonnes. Parmi eux, le fameux « bouton de culotte », un chèvre sec de la forme d’un gros bouton, qui tient son rang dans les tables parisiennes étoilées via le marché de Rungis. Sylvain n’ayant pas les deux pieds dans la même botte, il organise aussi, chaque dernier dimanche d’octobre, La Transhubique. Un gros troupeau de gens monte chercher sur la roche de Vergisson un petit troupeau de 35 chèvres en pâturage extensif pour les redescendre à la chèvrerie. De quoi en rendre plus d’un complètement chèvre.

 

Partager cet article
Share on Twitter
Please reload

ARTICLES À LA UNE
Please reload