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Marsannay, appellation nouvelle star [#57]

​Voisine. À cheval sur trois communes, imbriquée dans la métropole dijonnaise, l’appellation Marsannay a aussi trois couleurs (blanc, rouge, rosé) et une riche histoire derrière elle. Petit rappel d’un parcours atypique entre gamay, pinot, chardonnay et volonté commune des vignerons d’en faire un exemple pour la grande Bourgogne. Car ici commence vraiment la Côte de Nuits.

 

Après un siècle d’oubli, en 1987, naît l’appellation Marsannay qui s’étendra sur trois communes (Chenôve, Marsannay-la-Côte et Couchey) pour les trois couleurs, fait unique en Bourgogne. Les vignes fines, en effet, avaient déserté les coteaux du Dijonnais au XIXe siècle au profit de la production du vin commun, la ville de Dijon ayant opté pour l’industrialisation appelant la soif des ouvriers qui ne pouvaient s’offrir les grands.

En 1861, on estimait à 3 500 hectares seulement la surface de vignes fines susceptibles d’être classées dans la Côte. Le Comité de viticulture de Beaune, en position de force, souhaitait l’unification du classement des vignes fines de Côte-d’Or. L’arrondissement de Dijon ne donna pas suite. Les vignes fines disparurent ainsi au profit des vignes communes. Gevrey, qui conservait des vignes fines malgré l’introduction massive de vignes communes dans certains de ses « climats » historiques, se reconnut dans la Côte de Nuits et en stoppa la prolifération. Gevrey-Chambertin put ainsi obtenir le statut d’appellation d’origine en 1936, avec des grands crus, des premiers crus, des appellations village et régionale.

 

 PROSPÈRE AUX TEMPS GALLO-ROMAINS 

 

​​Le Dijonnais, couvert de cépages communs, ne fut pas quant à lui en capacité d’obtenir une AOC village dans les années 1930. Dijon, Chenôve, Marsannay et Couchey durent se contenter, un peu plus tard, de la modeste appellation régionale Bourgogne. Pourtant, le village de Marsannay était prospère aux temps gallo-romains et produisait des vins recherchés. En 1443, s’est déroulé l’un des plus grands tournois de l’époque des ducs de Bourgogne, dénommé le Pas de l’Arbre Charlemagne. Un grand monastère dédié à saint Urbain y fut installé. Le très réputé Clos des Portes fut ensuite donné en 1189 aux moines d’Epoisses par Hugues III, le fondateur de leur prieuré. On reconnaissait également l’excellence des Argillières, des Recilles, des Favières, des Longeroies… Marsannay fut donc longtemps une grande commune viticole plantée de pinots fins avant de succomber aux sirènes du vin facile au XIXe siècle, manquant ainsi le coche des appellations d’origine contrôlée en 1936.

 

 QUALITÉ ROSÉ 

 

Auguste Luchet, journaliste du XIXe siècle auteur d’ouvrages sur la vigne et le vin, déplorait : « Malheureusement, l’année 1858 a refait au gamay une renommée. Chenôve, Marsannay, Couchey, Fixin, Fixey, Brochon sont maintenant connus à Bercy et luttent avec Mâcon, l’Auxerrois et le Cher. Je ne serais pas étonné qu’en ces vignobles renégats, si d’aventure il restait du pinot, on l’eut arraché pour le coup. Mais à quoi bon prêcher le bien là où le mal rapporte plus que lui ? » Grâce à un vigneron visionnaire, Joseph Clair-Daü, qui comprit dès 1919 que les vins de table et le gamay n’étaient pas l’avenir du village, le pinot réapparut pour donner, dans un premier temps, un vin rosé. Le marsannay rosé fut ainsi le déclencheur d’un retour à la qualité. Une coopérative vit alors le jour et vinifia toute sa production ainsi. Vin peu porteur cependant après la Seconde Guerre mondiale dans une Côte au service des grands rouges et blancs de terroir, il céda la première place, l’appellation marsannay reconnue en 1987, au vin rouge, la seconde au vin blanc, tout en obtenant le sacre de marsannay rosé également, seule appellation village en cette couleur en Bourgogne ! 

 

Depuis 1987, Chenôve est associée à Marsannay pour ses vins, perdant ainsi son autonomie alors que, comme l’écrivait l’historien Courtépée (1721-1781) : « Ses vins sont comparables à ceux de Nuits » ! Peu de vignes ont survécu à l’urbanisation galopante ; le petit village vigneron de quelques centaines d’habitants en 1955, passa à 14 000 de nos jours, devenant ainsi la troisième commune de Côte-d’Or. Heureusement, le vieux Chenôve existe encore. On peut s’y promener le long de ses rues étroites et s’arrêter au cellier moyenâgeux pour admirer l’une des merveilles de l’architecture et de la technologie viticole du Moyen Âge : les pressoirs des ducs de Bourgogne, conservés en parfait état de marche. Ils sont les plus anciens « treulx » de la région, inscrits à l’inventaire des monuments historiques. Chaque année en septembre, à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, l’ancestrale mécanique est remise en route pour partager le « bourru », c’est-à-dire le jus fraîchement pressé. Ce serait la duchesse Alix de Vergy, épouse d’Eudes III, qui les aurait fait construire au XIIIe siècle !

 

 UN EXEMPLE POUR LES ÉTUDIANTS 

 

  Les quelques hectares de vignes rescapés sur le territoire de Dijon n’ont pas été intégrés à l’appellation Marsannay, et le climat dénommé Chapitre, sis à Chenôve, non plus. Ce dernier s’est cependant vu octroyer officiellement la mention de son nom sur l’étiquette, ce qui est très rare : « Bourgogne Le Chapitre ». Il appartenait aux chanoines d’Autun, mais les vins qui en naissaient étaient si bons que les Ducs de Bourgogne finirent par se l’approprier ! Le climat voisin, également sur Chenôve, anciennement Clos des Ducs, est devenu Clos du Roy quand ce dernier battit Charles le Téméraire en 1477.  Après avoir obtenu l’appellation Marsannay village en 1987, sous la houlette de Charles Quillardet, Jean-Louis Huguenot, Jean Fournier, Albert Derey et quelques autres, c’est au tour des enfants de se mobiliser pour obtenir des premiers crus. Le dossier est instruit depuis plusieurs années et la réponse est attendue pour 2020. Dix climats y prétendent. C’est à Marsannay que l’on trouve le domaine de l’Université, issu du leg de Jean-Baptiste Lucotte. Le recteur Marcel Bouchard le mit en valeur en 1954, et l’université de Bourgogne récolta ses premiers raisins cinq ans plus tard : le vin de l’Université. Ainsi, les étudiants peuvent s’initier encore aujourd’hui, sur 1,42 hectare, aux sciences de la vigne et à l’œnologie. Les flacons sont d’ailleurs en vente à l’Institut Jules Guyot des Sciences de la Vigne et du Vin et leur étiquette, prisée des collectionneurs, mentionne : « Universitas Burgundiae diligenti scientiae facultatis opere in suis agris hoc vinum edidit. » Pour que personne n’oublie, jeunes comme vieux, qu’ici commence la Côte de Nuits.  

 LE MAIRE A LA MAIN VERTE 

 

Marsannay-la-Côte est une commune tiraillée entre son prestigieux vignoble et l’appétit d’une goulue métropole en quête de reconnaissance viticole justement. Le vieux village témoigne d’un aspect, sa réalité de petite ville de plus de 5 000 habitants révèle l’autre. Au milieu du guet, le maire sans étiquette compose, ménageant chèvre et chou. Jean-Michel Verpillot assure qu’il a encore la main verte. Décryptage.

 

Il est devenu le maire de Marsannay-la-Côte par un « concours de circonstances ». Ancien fonctionnaire originaire du (magnifique) village de Noyers-sur-Serein dans l’Yonne, Jean-Michel Verpillot s’est engagé dans la vie publique de l’agglomération dijonnaise en 2004, en s’opposant à un projet de 150 logements dans la zone En Saint-Urbain. « Ça me choquait que l’on touche à des terres agricoles, et notre action avait été menée avec le soutien du syndicat viticole », raconte celui qui avait alors constitué une association de défense de la qualité de vie.

 

 MÉNAGER CHÈVRE ET CHOU 

 

C’est tout Marsannay, ça. Un territoire d’origine rurale et viticole confronté à cette bête faramine urbaine, qui est à l’origine de compromissions dans ce qui constitue pourtant l’un des plus beaux vignobles du monde. La quadrature du cercle ! Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour un total de 1 282 hectares de surface, 520 sont couverts par les bois et les forêts, 300 dédiés à l’agriculture et 182 aux vignes. Le reste, si peu finalement, accueille une « zone économique énorme » et 5 300 habitants. Mais en réalité, près de deux tiers des électeurs sont dans le quartier de Champagne haute (2 534 exactement), le reste (1 573) dans un joli bourg que n’aurait pas renié Jacques Tati.

Le quartier de Champagne haute, parlons-en justement. Né dans les années 70, il est au départ constitué d’un millier de logements destinés en majorité à des fonctionnaires de la SNCF et de l’enseignement. Le brassage de population y est encouragé, des jeunes ménages s’y installent, mais il est encore aujourd’hui peuplé de nombreux retraités qui se croisent dans un centre commercial dépourvu de café, à la différence du vieux village.

Fort de son expérience, le militant Verpillot se lance donc une première fois à la conquête du fief de la ville en 2008, sans succès, « à cause d’une triangulaire ». Jean-François Gondellier (SE) lui souffle ses ambitions le temps d’un mandat. Il sera quand même celui par qui le fameux projet de lotissement finira aux oubliettes. Lorsqu’il prend finalement les rênes de la ville, à l’issue des élections de 2014, le jeune retraité-maire montre alors qu’il a de la suite dans les idées, et s’emploie à faire d’En Saint-Urbain une « zone préservée, dédiée à la plantation de vignes, de jardins familiaux et de vergers, mais également des jardins d’écoles par la mise à disposition de parcelles communales sous convention avec une association de jardiniers, dans le cadre d’un projet pédagogique porté par Valérie Decard, la directrice de la maternelle Paul Colnet ». 

Le projet passionne les enfants « qui découvrent le jardinage et ses bienfaits ». Les enseignants et les parents empruntent volontiers le sillon tracé par l’édile, qui doit donc cultiver un certain sens de la diplomatie. Dans le même temps, il lui faut en effet répondre aux exigences de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU), qui lui impose, sous peine d’être taxé, de trouver encore de quoi implanter 200 logements sociaux dans les petits espaces disponibles.

 CULTIVER L'ADN VITICOLE 

 

« En 1999, le choix s’est imposé de faire entrer Marsannay-la-Côte dans l’agglomération dijonnaise, rappelle Jean-Michel Verpillot. C’est bien pour les transports et la gestion des déchets, par exemple. » Mais, car on sent bien qu’il y a toujours un « mais » dans ce genre de situation, il faut prendre garde à ne pas perturber ce qui fait l’ADN de Marsannay : ces maisons vigneronnes qui entourent sa mairie et son église, la réputation mondiale de son vignoble qui va encore monter d’un cran avec l’avènement des premiers crus, ou cet œnotourisme émergent avec lequel il faudra compter. Un supplément d’âme se protège, surtout quand on est tout simplement, dixit Jacky Rigaux, « la porte d’or de la Côte de Nuits ». La métropole dijonnaise revendique son retour à la vigne et affiche ses ambitions à travers sa Cité de la gastronomie et des vins. Elle a toutes les raisons de faire du nom de Marsannay sa star locale. Mais dans le même temps, le village historique et son appellation éponyme ne vendront pas leur âme au « diable ». Pour que viennent les touristes dans de bonnes conditions, sans perturber l’équilibre d’un monde d’essences rurale et viticole, Monsieur le maire a suggéré de « caler la future Véloroute sur la Route des Grands Crus, permettant de créer une piste cyclable favorisant le lien entre domicile et travail ».

Dans les bureaux de feu l’office de tourisme, devenu une antenne de l’Epic (Établissement public industriel et commercial) métropolitain, il décide aussi, avec le concours d’une vingtaine de vignerons du cru, d’ouvrir prochainement un caveau au public. Tout cela dans le but de renforcer une cohésion que l’on maintient régulièrement en ouvrant quelques marsannays dans le cellier qui fait face à la mairie, entre gens du pays. Et pas n’importe quel pays. Car on aura beau dire, on aura beau faire, Marsannay-la-Côte est une commune peu commune, qui aura toujours de la longueur en bouche. Et de jolies notes florales, ce que ne contestera pas le maire à la main verte.

  

 CLIMATS « BIO » GRAPHIQUES 

 

Ces climats leur ressemblent et, la plupart du temps, ils leur consacrent leur vie. Bien souvent avec une démarche « bio ». Michel Joly et Guillaume Baroin ont rencontré ces vignerons emblématiques des futurs premiers crus qui vont sacraliser le marsannay. Le photographe et le journaliste livrent une jolie galerie de portraits qui sentent bon le terroir.

 

 MARIE-ODILE CLÉMANCEY 

 

Peu de filles auraient repris, à 25 ans, un domaine des mains de leur père. C’est pourtant ce qu’a fait Marie-Odile Clémancey, après un diplôme au CFPPA de la Viti de Beaune et un stage de six mois dans un domaine de Nolay. En 1996, son père lui transmet les rênes du domaine de 7,5 hectares. Les bases sont saines : après avoir arraché les gamays qui abreuvaient les bars de Dijon et replanté du pinot, le patriarche a beaucoup développé la vente en bouteilles à partir des années 60-70. Son mari quitte son poste pour la rejoindre en mai 1997. Ils cumulent alors une activité céréalière de blé, orge et colza sur pas moins de 70 hectares. Mais leur « chouchou » est bien dans les vignes : les Champs Perdrix, pour le couple, c’est un hectare tout rond planté en 1984. Et le seul marsannay revendiqué avec un nom de climat. Ce qu’elle aime chez eux ? « Côté Fixin, on est plus virils qu’ailleurs. Les cailloux apportent le minéral avec une belle exposition sud/sud-est. C’est un vin franc. La cerise noire domine. Cela va bien avec le gibier car il y a un côté humus comme on le trouve en forêt. Puis, on y a une jolie vue ! » Tout l’amour de la terre.

 

 BERNARD BOUVIER 

 

Le Clos, c’est sa vigne. Pas parce qu’il en est l’unique propriétaire. Encore moins parce que cet enfant de Marsannay l’a achetée en 1988, sous le nez d’autres prétendants. Un bloc de presque trois hectares entièrement dédié au chardonnay ceint de pierres blanches. Cette vigne, on la devine sans la voir lorsqu’on longe son mur. Bernard la respire. Située à l’ouest du village de Couchey, à une altitude moyenne de 303 mètres, elle baigne dans la lumière du matin car elle regarde l’est. La vigne est close, l’homme est libre et travaille avec amour son sol de marnes du Lias. Depuis 2008, il a abandonné les fûts traditionnels pour l’enfermer une année entière en fûts de 600 litres, puis six mois en cuve. Ce qu’il aime dans son Clos ? « C’est un vrai terroir à blanc. Il y a toujours une fraîcheur, une minéralité dans son terroir. Il libère souvent du curry. Il a du caractère et un haut potentiel de garde. » Selon Saint-Exupéry, « on n’hérite pas de la terre de nos parents, on l’emprunte à nos enfants ». Alors, le moment venu, il la transmettra à son fils Clovis, qui a pris le chemin de l’école viticole. Et le Clos sera alors bouclé.

 

 ISABELLE COLLOTTE 

 

Le sourire d’Isabelle cache un caractère bien trempé. « Depuis toute petite, je baigne dans le vin avec mes parents. » Pas de centre aéré pour elle. La vie au grand air, c’est dans les vignes familiales qu’elle la trouve. Si sa famille avait été agricultrice, ce serait une fille de ferme avec bottes et combinaison verte en toile ! Après des études forcément viticoles, forcément à Beaune pour ne pas perdre de vue le clocher de Marsannay-la-Côte, elle fait un stage d’un an. Où ? Au domaine Jean Fournier... à 200 m du sien. Elle vinifie à 21 ans son premier millésime, « avec (s)on père ». Puis seule en 2014. Les hommes de la famille ont planté les Boivin. Puis elle a planté sa part. Trois parcelles posées dans différents sens pour un total de 80,20 ares situés dans le milieu des 7,41 hectares du climat. Boivin vient d’un terme féodal désignant des terres laissées libres après une récolte aux gens du pays. Les bois devinrent vigne. La suite finit en bouteille. Ce qu’elle aime dans ses Boivin ? « Sa complexité aromatique sort bien les années chaudes et sèches. Sa structure épicée mais aux tannins fermes et clairs qui rappellent le fond calcaire du Comblanchien. » Pas mieux.

 

 MAXIME ET ROMAIN DEREY 

 

Les racines des Derey sont profondes. Le cep généalogique remonte à un Derey vigneron à Chenôve en 1650 ! Un de leurs plus proches ancêtres, Claude Derey, né le 9 mars 1800, s’installe à Couchey. Le domaine s’y établit et sera agrandi par deux frères, Albert et Maurice. Aujourd’hui encore, c’est une histoire de frangins : Maxime, 27 ans et Romain, d’un an son aîné. Si Pierre, leur père, n’est jamais bien loin, c’est bien Maxime qui gère les vinifications depuis 2010. À eux trois, ils récoltent 18 hectares de Dijon à Gevrey-Chambertin. Quatre appellations et une palette de quinze cuvées. Parmi elles, Aux Genelières ne couvre que 38 ares. Plantée en 1970 en pinots fins acquis auprès d’un domaine réputé de Morey, elle est peu productive. « C’est rare d’y faire 35 hectolitres par hectare », glisse Maxime. Bien que posé sur les calcaires à entroques et le banc calcaire de Prémeaux, le climat tire son nom des genêts qui autrefois y poussaient. Aujourd’hui y poussent des vignerons passionnés. Ce qu’ils aiment dans leurs Genelières ? Vinifié depuis 2011 en grande partie en raisins entiers, Romain en aime « le croquant qu’apporte la vendange entière. » Les frères louent d’une seule voix « sa fraîcheur et sa gourmandise ». Il ne reste plus qu’à le goûter...

 

 

 

 LAURENT FOURNIER 

 

Cette année, il aura 40 ans et vinifiera son dix-huitième millésime. Vigneron majeur et vacciné, Laurent Fournier est toujours en quête d’excellence. Cela se sent. À l’instar d’un mathématicien qui ajouterait des inconnues à son équation, il se questionne en permanence : sur le travail du sol, l’élevage, le bouchage...Il expérimente dans les trois couleurs de son appellation fétiche de Marsannay. Plutôt dans la case « bon élève », il fera ses stages « à l’étranger » dans des grands châteaux bordelais et dix mois dans le vignoble de Lavaux, en Suisse, où il se formera à la lutte intégrée. Quand il arrive au domaine, son père vendange à la machine 14 hectares. Aujourd’hui il en récolte 21. Tout à la main ! Certifié en agriculture biologique en 2008, le gel de 2016 le fait arrêter le bio… pour mieux reprendre en 2017. Ce qu’il aime dans ses Longeroies ? « C’est un faux gourmand. Un côté solaire, plein, qui s’exprime en largeur avec une touche de fer salivante. » Cette cuvée dont le nom est tiré de ses longs rangs de vigne est née de pas moins de 4,80 hectares en pinot noir mais aussi 90 ares en blanc. Six parcelles plantées sur cinq sols. Laurent la produit en « version originelle » (soit vinifié sans soufre) mais aussi avec ! À vous de tenter l’expérience gustative. Avec ou sans « VO ». 

 

 PHILIPPE HUGUENOT 

 

Le grand-père de Philippe travaillait 4 hectares. Son père en a fait pousser 12 de plus. Et le fils a fait sa part, portant le domaine à bientôt 24 hectares, dont la moitié plantée en Marsannay. Ce qui en fait le deuxième producteur de l’appellation. Si l’homme est peu loquace, c’est qu’il est à votre écoute. Philippe a un caractère montagnard. Le parallèle avec son climat est évident. Deux parcelles pour 1,30 hectare où les calcaires de Prémeaux et de Comblanchien encadrent l’oolithe blanche. Si la partie terrienne est solide, la partie liquide est aérienne. Une vigne d’altitude mais aussi précoce de trois à quatre jours via les trois combes qui lui amènent leur fraîcheur. Le vin est élevé douze mois en fûts puis mis en masse trois à quatre de plus avant sa mise en bouteille. Son sol, il le travaille bio depuis 2013. Et même s’il s’est arrêté pour sauver ce qui pouvait l’être du gel, il s’est réengagé en 2017. C’est ce qu’on appelle la foi du montagnard. Ce qu’il aime dans sa Montagne ? « C’est rond, facile, large en fruits avec toujours un côté mûr et solaire, même sur un millésime plus froid. » Bref, que la montagne est belle.

 

 SYLVAIN PABION 

 

Il est, à 38 ans, l’un des petits derniers de l’appellation. Arrivé en avril 2015 pour diriger le Château de Marsannay après plusieurs années dans le Centre-Loire, cet ingénieur de formation adore « le dynamisme des vignerons du cru ». À l’entendre parler de l’appellation, joignant le geste à des phrases courtes car réfléchies, on comprend immédiatement qu’il a été contaminé par l’esprit local. Le château est de loin le premier producteur de Marsannay avec 28 hectares. Ce Ligérien pratique la culture parcellaire dès le niveau bourgogne. Alors, les cuvées de marsannay, il en fait dix. Mais le Clos de Jeu, visible depuis le château, c’est comme son terrain de jeu ! Sur les 3,63 hectares qui le composent, il en récolte 1,79 en deux parties situées à mi-coteau sur un sol pierreux de calcaires à entroques et idéalement exposés au sud/sud-est. Quoi de plus normal, pour un homme qui a grandi en lisière de la forêt de chênes de Bertranges, que d’utiliser un tiers de fûts neufs durant douze mois pour élever son vin ? Ce qu’il aime dans son Clos de Jeu ? « Un vin carré, taillé pour la garde. En plus, le labour y est agréable, la vigne ne stresse pas. Le sol est souple. » Les jeux sont faits, tout va bien.

 

 SYLVAIN PATAILLE 

 

Avec sa crinière « lionesque », sa barbe de professeur et ses petites lunettes rondes, Sylvain a ce qu’on appelle une vraie gueule. Mais c’est avant tout une tête bien faite, alliée à un bon sens paysan. Diplôme d’œnologie obtenu à Bordeaux (« parce que c’est un des meilleurs de France ») il alterne des stages entre Médoc et Bourgogne. En 1999, il débute son métier de vigneron avec une autre casquette d’œnologue-consultant pour un laboratoire beaunois. Il n’a alors que 58 ares de gamay. Il sera double actif jusqu’en 2002. Entre coup de pouce des voisins, campagne d’arrachage et de plantation, il exploite aujourd’hui 17 hectares. Adepte de la culture biologique depuis 2007 (« parce que c’est la seule voie ») il a dû, comme ses copains du village, traiter à contre-coeur en 2016 avant de se réengager sur le chemin bio. Partisan des élevages très longs, il sait que le temps est du côté du vin. Ce qu’il aime dans son Clos du Roy ? « C’est un enfant terrible dont on a pardonné les bêtises. Il est dans la minéralité sévère, avec peu de couleur. C’est une piqûre de vipère : ça mord au début et ça n’en finit pas. Entre le grès lité et le calcaire de Prémeaux, c’est comme un chaud-froid dans le sol et dans la bouche. » Raconté ainsi, ça donne envie de goûter.

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