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Castors et loutres : renouveau au fil de l'eau [#59]

 

Eaux claires. Historiquement présents sur la totalité du territoire national, mais inlassablement chassés et piégés, castors et loutres ont failli se faire éliminer du paysage français. Depuis quelques années, grâce aux lois pour leur protection conjuguées aux actions menées sur le terrain, pères castors et mesdames loutres sont en train de repeupler le bord de nos cours d’eau, bourguignons en particulier. Heureuse colocation !

 

Après avoir vu ses ancêtres vaillamment résister aux monstrueuses mâchoires des mammifères carnivores de l’Oligocène (il y a 30 millions d’années), le castor va finalement se faire piéger. Dès l’Antiquité, les Européens le considèrent comme animal utile pour sa fourrure et même pour sa chair.

Au Moyen Âge, toujours subtils, certains moines en période de carême substitueront à la chair du poisson celle du castor, dite opportunément « maigre ». Autre atout de l’animal, le castoréum, sécrétion produite par une glande anale lui servant à s’identifier, à marquer son territoire et à imperméabiliser son pelage. Longtemps utilisé en pharmacie pour soigner les maux de tête et les épilepsies, puis comme additif alimentaire et parfum pour les cigarettes, le castoréum reste l’une des six matières premières animales de la parfumerie avec le musc, l’ambre gris, la civette, la cire d’abeille et l’hyraceum produit par le daman du Cap. Aujourd’hui, cette étonnante substance à l’odeur de cuir est remplacée par un équivalent synthétique. Son commerce, avec celui de la fourrure et de la viande, a été l’une des causes principales de la disparition du rongeur en Europe et de sa raréfaction en Amérique du Nord. De nos jours, le mot « utile » a changé de camp. Il est passé de l’élimination et de l’exploitation du castor pour les besoins de l’homme à celui de la reconnaissance de l’espèce, jugée nécessaire pour l’environnement. Juste retour des choses, lorsque l’on sait que pendant 5 millions d’années et jusqu’il y a 10 000 ans, en Europe et en Asie, le castor a joué un rôle majeur dans la configuration des paysages et de l’écosystème. 

 

 

 BARRAGES AU FIL DE L'EAU 

 

Créée en 1972, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) a pour mission de sauvegarder et de gérer durablement la aune sauvage. Cet établissement public assure un rôle de surveillance des territoires, de police de l’environnement et de la chasse. Il réalise également des études et des recherches. En Bourgogne-Franche-Comté, sous la houlette de Caroline Le Goff, animatrice régionale du réseau Castor de l’ONCFS, une vingtaine de techniciens et naturalistes se mobilisent notamment pour le castor et la protection de son biotope. Sur le terrain, ils sont également à l’écoute des propriétaires ayant subi des dégâts causés par les castors, afin de minimiser ces nuisances : par exemple en leur proposant de grillager la base des arbres à protéger, et d’installer des siphons au cœur des barrages afin de libérer une partie du flux des rivières. Des associations naturalistes les accompagnent dans cette démarche de cohabitation entre l’homme et l’animal, comme la Ligue de protection des oiseaux (LPO), la Société d’histoire naturelle d’Autun (SHNA) et les bénévoles de l’Association ornithologique et mammalogique de Saône-et-Loire (AOMSL). Dans leur lutte pour le retour du castor, tous ces intervenants adressent régulièrement un message aux amoureux de la nature : si, au fil de leurs balades, certains découvrent des indices de la présence du castor (barrage, terrier, hutte, bois rongé, traces et empreintes), ils doivent contacter l’ONCFS de leur région qui prendra en compte ces données. Plus que « faire joli » dans le paysage, le retour du castor a des répercussions importantes sur les écosystèmes fréquentés par l’animal. Par ses activités de construction, le rongeur peut en effet modifier son environnement. Quand il érige des barrages sur des petits cours d’eau, il crée des zones humides et augmente la diversité des habitats. En abattant des arbres, il ouvre des espaces qui vont devenir propices à la colonisation par d’autres espèces. Ainsi, grâce à son mode de vie, père castor enrichit la diversité des cours d’eau au profit d’une multitude d’espèces animales (oiseaux, libellules, amphibiens, poissons) et végétales.

 

 LE RETOUR INESPÉRÉ DE LA LOUTRE 

 

Ils ont bien cru qu’ils ne la trouveraient jamais. Que, vraiment, elle avait disparu. Pendant dix ans, ils ont exploré plus de mille points de prospection sans trouver aucune trace. Et puis, un matin, au bord de la Cure, ils ont relevé des indices de la présence de la loutre dans le Morvan : « Nous avons poussé un cri de joie, un hourra ! Elle était bien là nous allions pouvoir l’accompagner et la protéger. » Cela fait 15 ans que Damien Lerat, chargé d’études de la faune sauvage et l’équipe de la SHNA lui consacrent une grande partie de leurs recherches. Si l’on en croit des archéologues chinois qui viennent de découvrir un spécimen vieux de plusieurs millions d’années, l’ancêtre de la loutre devait ressembler à un loup. Plus récemment, à Ranchot (Jura), on adécouvert des traces de loutre qui remonteraient au Mésolithique (entre 10 000 et 5 000 avant J.-C.), à l’époque où l’homme était chasseur, pêcheur et cueilleur. Dans la première moitié du XXe siècle, elle occupait encore la plupart des cours d’eau de Bourgogne avant de décroître. Pourtant, de nombreux spécialistes l’estimaient toujours présente dans le Morvan. Comme le castor, aux XIXes et XXes siècle, elle était piégée et chassée pour sa très belle fourrure. À l’époque, le prix d’une peau de loutre était plus élevé que le salaire mensuel d’un ouvrier.

 

 SENTINELLES ET HAVRE DE PAIX 

 

Depuis 2011, l’équipe de professionnels de la SHNA a engagé un travail d’identification des corridors de recolonisation de la loutre en Bourgogne. Dans le même temps, le Groupe Loutre Bourgogne (GLB) animé par la SHNA, le Parc naturel régional du Morvan et l’ONCFS est relancé afin de suivre et accompagner le retour de la loutre en Bourgogne. Pour ce faire, des techniciens de l’ONCFS, de la Réserve Naturelle Nationale du Val de Loire, de l’Agence Française pour la Biodiversité, de la SHNA et de nombreuses bénévoles réalisent des prospections en dehors de la période estivale. Celles-ci se font par carrés de 10 km sur le réseau hydrographique et, ponctuellement, sur 600 m de rives explorées. Elle peut faire apparaître des épreintes (crottes de loutre), des empreintes de pas, des traces d’urine, des restes de repas et des coulées. La maille est notée positive dès qu’un indice de présence est découvert. Afin de permettre la progression de la loutre en région, le GLB mène des actions pour mettre en place des aménagements sous les ponts afin d’éviter les collisions routières et des structures anti-prédation loutre au niveau de certaines piscicultures du Morvan. Enfin, pour sensibiliser le grand public, la SHNA prend contact avec des propriétaires privé ou public de parcelles en bordure de cours d’eau pour la création de « havre de paix », c’est-à-dire d’un site où des conditions d’accueil favorable à la loutre sont garanties. Les propriétaires signent une convention de durée illimitée, s’engageant à maintenir des zones de végétation sur les berges, les gites fréquentés type catiches (tannières de la loutre), à éviter l’utilisation de pesticides et la surfréquentation du site. Des zones privilégiées à partir desquels la loutre pourra progressivement recoloniser une partie de son territoire perdu.

 

 

 

 

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