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Charles Gassot, entre Auxois et Mada [#54]

03.08.2017

 

Déjà propriétaire d’une résidence dans la campagne du Montbardois, le producteur de cinéma Charles Gassot poursuit son histoire d’amour bourguignonne avec Semur-en-Auxois. Désormais installé au pied de la collégiale, dans une demeure ancienne admirablement restaurée, il partage son temps entre la petite cité médiévale et la brousse malgache, bien décidé à apporter de la culture et du beau à l’une comme à l’autre.

 

 

En plein cœur du centre historique de Semur-en-Auxois, à l’angle de la rue de la Fontaignotte et de la place Notre-Dame, une élégante façade au crépi vieux rose et aux boiseries gris-bleu réveille depuis peu l’immuable décor de gargouilles et de maisons à pans de bois. Après des années de délaissement, la belle maison bourgeoise doit sa nouvelle vie à son nouveau propriétaire, le producteur de cinéma Charles Gassot.

 

 ENTRE COLLÉGIALE ET ARMANÇON 

 

Du charme, cette maison n’en manque pas ! Côté cour, la place Notre-Dame, avec la collégiale pour voisine directe, parvis contre perron, un double escalier de pierre qui agrémente une façade rose et grise fraichement crépie. Rentré au rez-de-chaussée, il faut ensuite redescendre d’un niveau pour ressortir côté jardin, sur une cour de gravier et de gazon suspendue au-dessus du lit de l’Armançon et ouverte sur le paysage carte postale des remparts de Semur dominant la vallée encaissée. Depuis la cour, un escalier moussu séculaire se faufile sous le mur pour dégringoler encore un niveau plus bas, sur un jardin zen coloré en terrasse où il fait bon écouter le bruissement de la rivière tout en contemplant le paysage largement préservé, de la cité médiévale étagée sur son éperon de granit rose. En contrebas, l’Armançon coule, paisible, sous les voûtes du pont Pinard qui marque la ville basse, là où Charles Gassot aime à flâner au soleil couchant, entre berges et vieilles pierres. C’est entre autres pour cet environnement que Charles Gassot a eu un coup de cœur pour la maison de la Fontaignotte. « Le cadre de Semur m’est déjà devenu familier. Après un voyage, à chaque fois que je reviens ici, j’ai un petit choc quand je vois les tours au loin. Elles veulent dire que j’arrive chez moi. »

 DERRIÈRE LA CARTE POSTALE 

 

Il faut dire que, si les travaux se terminent seulement maintenant, cela fait plus de sept ans que Charles Gassot a acquis sa demeure semuroise, trois ans que le chantier dure et un an que l’ex-producteur habite sur place.

« J’adore les travaux, il me faut toujours au moins un chantier en cours, sinon je suis malheureux. Rien ne me suffit jamais, avoue en toute conscience cet hyperactif qui n’a pourtant rien d’un agité. Après avoir construit des écoles à Madagascar pour les enfants, on s’occupe maintenant de leurs parents par l’intermédiaire du microcrédit. Ici, c’est pareil, je ne veux pas me contenter d’avoir remis en état une belle maison du centre-ville historique, je veux aussi être un aiguillon culturel pour faire bouger les limites, empêcher cette bonne cité de Semur de s’endormir. Les remparts, la vieille ville, c’est beau, mais il faut apporter quelque chose de plus derrière la carte postale. » Toujours sur la brèche d’un projet en cours, le sémillant Charles Gassot (bientôt 70 ans) n’est pas en manque de ces travaux qu’il aime tant, loin de là. S’il a officiellement arrêté la production cinématographique, il n’a pas pour autant abandonné l’univers du septième art, auquel il apporte son expertise par « script-doctoring » interposé : « Je relis tout simplement des scénarios pour des amis producteurs, qui me demandent ce que j’en pense. C’est un travail de critique, mais aussi de création, en direct avec l’auteur, sans équipe à gérer ni télévision à faire, ça me convient bien. D’autant que j’ai la dent dure et que, globalement, le niveau des films est en baisse : beaucoup de scénarios manquent d’élégance, d’exigence, de travail. »

Plus que ses films, dont beaucoup ont pourtant marqué le box office du cinéma français (de Mortelle Randonnée au Goût des autres en passant par les succès d’Etienne Chatiliez – La vie est un long fleuve tranquille, Tatie Danielle, Le bonheur est dans le pré…), ce sont ses écoles malgaches que Charles Gassot aime mettre en avant dans la conversation. Toujours prompt à sortir sa tablette pour vous montrer les dernières photos des écoles de brousse que son association, Ecoles du Monde, met en place dans la région de Mahajanga, au nord-ouest de Madagascar (lire encadré page précédente). C’est pourtant le cinéma qui lui a fait découvrir la Grande Île, tout comme Semur-en-Auxois d’ailleurs, croisée à l’occasion d’une présentation publique du film Le Poulpe à l’Étoile Cinéma en compagnie d’un de ses acteurs fétiches, Jean-Pierre Daroussin. « Ça s’était super bien passé, l’accueil avait été très chaleureux et j’avais sympathisé avec Michel Neugnot [ndlr : maire PS de la commune de 1997 à 2008] qui m’a ensuite proposé cette maison, très bien placée, mais en vrac ! Je l’ai visité dans la foulée, à 11 heures du soir, ça a de suite été le coup de foudre… »

 LE BONHEUR EST DANS LE BEAU 

 

Semur n’est pas une première bourguignonne pour Charles Gassot, déjà très attaché à une maison qu’il a retapée pendant plus de 30 ans vers Montbard. « C’est notre père, un fin gastronome, qui nous a fait découvrir la région : sa bible, c’était le guide Michelin et, à chaque fois qu’on partait en vacances, la Simca Versailles faisait un crochet par Montbard pour aller manger chez André Belin, le chef révéré de l’hôtel de la Gare. » Par la suite, le producteur parisien a acheté une ruine à côté de Villaines-en-Duesmois, qu’il a mis des décennies à rénover et à laquelle il demeure très attaché aujourd’hui. « C’est une région superbe, dans son jus, sans panneaux publicitaires et avec des lumières incroyables. Les copains y passent, les amis m’y suivent… » Désormais, c’est à Semur-en-Auxois que Charles Gassot conjugue le présent. « Ruiné mais heureux », comme il s’amuse à le dire.

L’homme veille personnellement à la dernière ligne droite de son chantier d’aménagement, dans une maison en pleine effervescence. Dans un coin du grand salon, au milieu du va-et-vient des artisans, son fils Jules (lui-même auteur) travaille sur son MacBook aux dernières touches du montage audiovisuel Sempé-Guerschwin qui sera prochainement diffusé en « mapping » sur la façade de la collégiale.

Avec son père, le jeune Gassot junior est d’ailleurs un des membres fondateurs des Amis de la Fontaigniotte (association créée l’an dernier pour organiser l’exposition des œuvres d’Enki Bilal à travers la cité), avec l’entrepreneur en bâtiment Marc Maillot et la productrice, auteur et chercheuse Fabienne Tsaï. En partenariat et en bonne intelligence avec la Ville de Semur-en-Auxois bien entendu. Pendant ce temps, au sous-sol, le chantier du salon de thé qui doit ouvrir début juillet bat encore son plein entre pose des banquettes et aménagement de la cuisine. Mais Charles Gassot a encore d’autres ambitions pour sa maison : « Je veux en faire une maison d’hôte ouverte à la culture, qui pourra accueillir des résidences d’artistes, des stages, des ateliers, des expos… », en accord avec l’idée que tout le monde a droit à la culture, qu’on soit malgache, touriste ou semurois.

ÉCOLES DU MONDE À MADAGASCAR

 

​Charles Gassot découvre Madagascar, pays classé parmi les plus pauvres de la planète, en 1997, à l’occasion du tournage du film Michael Kael contre la World News Company. Pendant les six mois du tournage, Charles Gassot a pu se rendre compte que ces populations étaient complètement délaissées, en état de survie : « Beaucoup d’habitants migraient vers les villes, faute de ressources, mais n’y trouvaient aucun débouché et se retrouvaient par milliers dans les bidonvilles, dans une situation encore plus précaire. Comment détourner le regard devant tant de misère, devant tant d’humiliation et de disparités ? J’ai voulu agir. »

Conseillé par le père Pedro Opeka, très impliqué dans la lutte contre la pauvreté sur l’île, il crée alors l’association Écoles du Monde (EDM), qui se donne comme priorité de sédentariser les populations en brousse autour des actions suivantes : accès à l’eau potable, à l’électricité, à l’éducation, mise en place de programmes de santé, optimisation des pratiques agricoles, reboisement et accompagnement au développement économique des villages, notamment via l’artisanat local. En 20 ans d’existence, grâce à la générosité des donateurs et à l’énergie des équipes sur place et en France, Écoles du Monde a ainsi permis de sédentariser quelque 30 000 villageois sur 15 sites, et de scolariser plus de 12 500 enfants en écoles maternelle et primaire. 

L’ONG a également construit plus de 160 puits et 20 châteaux d’eau, créé 5 dispensaires, permis le reboisement de plus de 1 000 hectares d’acacias… Depuis 2014, l’ONG va encore plus loin dans l’engagement auprès de la population locale, en accompagnant les élèves issus des villages de brousse dans la suite de leur scolarisation en ville, et en accordant des microcrédits aux adultes porteurs de projets.

SEMUR AFFICHE SEMPÉ

​Après le succès rencontré par Enki Bilal l’an dernier pour la première édition de « Un artiste dans la ville », c’est au tour de Jean-Jacques Sempé d’envahir la cité médiévale de juillet à décembre 2017. Pour cette 2e édition, l’association Les Amis de la Fontaignotte et la Ville de Semur-en-Auxois ont multiplié les possibilités d’accès aux œuvres de ce dessinateur à l’humour élégant et à l’esprit vif, qui met en scène avec un coup de crayon sans pareil des situations cocasses de la vie quotidienne. Ainsi, des agrandissements d’une trentaine de ses dessins seront exposés un peu partout à travers la vieille ville, suivant un parcours que les visiteurs pourront retrouver sur une carte.

En parallèle à cette exposition in situ, des projections audiovisuelles sont prévues cet été sur les façades de la collégiale (l’enfance dans l’œuvre de Sempé) et du bas de la place Notre-Dame (les unes du New Yorker) au son de la musique de George Gershwin.

Par ailleurs, la bibliothèque municipale exposera des illustrations du Petit Nicolas dans une salle de classe des années 50/60 reconstituée. Dans un second temps, de septembre à décembre, l’exposition d’œuvres originales de Sempé se poursuivra au musée municipal de Semur, qui doit rouvrir ses portes à la rentrée après un important chantier de rénovation. Pour 2018, « Un artiste dans la ville » a déjà rendez-vous avec le dessinateur belge François Schuiten, coauteur avec le scénariste Benoît Peeters de la bande dessinée fantastique Les Cités obscures. Un choix qui conforte l’intérêt porté au « neuvième art » par Semur, alors que le festival de BD organisé chaque année en avril en sera déjà à sa 13e édition.

 

 

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